#AuxSons est un webmedia collaboratif, militant et solidaire
musique électronique en Tunisie
Hear Thug, Boiler Room, Tunis 2019 - crédit photo Amine Landoulsi

Brève histoire de la musique électronique en Tunisie.

Dix ans après la « révo­lu­tion de la digni­té », #Aux­Sons revient sur l’essor de la musique élec­tro­nique en Tuni­sie. Ce Focus ouvre une nou­velle série sur les scènes élec­tro du Magh­reb, à suivre ! 

 

Les pré­misses de la scène élec­tro­nique tuni­sienne remontent au milieu des années 1990. A cette époque, en pion­nier, Dj Mou­rad place du son de Detroit et de Chi­ca­go dans des clubs tou­ris­tiques de Ham­ma­met. Son long par­cours démarre en 1992 avec la créa­tion du show radio­pho­nique « The Strange World of 12 Inches », avant de lan­cer le col­lec­tif Tunis Dia­spo­ra 216 avec Dj Nabil et Dj Dali.

A Sousse, le créa­teur visuel et orga­ni­sa­teur de soi­rées VJ Apa­chon déve­loppe des évè­ne­ments de qua­li­té dans les clubs de la ville côtière. 

The Strange World of 12 Inches 

 

Une seconde vague appa­raît dans les années 2000 à Tunis. Erkan Bou­jel­la­bia (Tree­ce­phal, Elixir Géo Ensemble, Silent-Shape Sato­ri) y déve­loppe le stu­dio col­la­bo­ra­tif El:Xir Labs, où des artistes de tous hori­zons se ren­contrent et expé­ri­mentent des fusions inédites. Musi­co­logue et homme de théâtre, Erkan met les com­pé­tences de son labo­ra­toire aux ser­vices de l’événement « les 24 Heures de la Musique » en Juin 2000 au café-théâtre l’Etoile du Nord. Il y pré­sente une des pre­mières per­for­mances live impro­vi­sées de musiques élec­tro­niques en Tunisie.

En 2005, l’union de SKNDR, Shi­ni­ga­mi San, Mol­sen et l’artiste gra­phique Kais Dhi­fi au sein du col­lec­tif Hex­tra­de­ci­mal engendre une dyna­mique alter­na­tive au pay­sage com­mer­cial dominant. 

Hex­tra­de­ci­mal Crew Live – 26.06.08

 

Deux ans plus tard l’« Elec­tro Par­ty » réunit E (Shi­ni­ga­mi San et Mol­sen), SKNDR et le 38ème Paral­lèle (rock psy­ché­dé­lique expé­ri­men­tal) pour un concert de 3 heures. L’événement marque une avan­cée cer­taine de la musique élec­tro­nique en Tunisie.

A cette époque « Le Boeuf sur le Toit », est le seul lieu tuni­sois qui accueille des soi­rées élec­tro, il per­met à Hex­tra­de­ci­mal d’installer une rési­dence régu­lière qui brasse des styles musi­caux absents du pay­sage sonore (IDM, Elec­tro­ni­ca, Drum N Bass, Techno….).

Win­ter Fest 2012

 

En juin 2007, le fes­ti­val FEST (Fes­ti­val Echos Sonores de Tunis) est l’événement phare qui finit d’ouvrir le pas­sage de cette culture en Tuni­sie. Au fil des années son nom se trans­forme en E‑Fest et devient une véri­table institution.

Les 10 ans du E‑Fest

 

A tra­vers 11 années d’existence, le fes­ti­val basé à l’Acropolium de Car­thage accueille la crème de la musique élec­tro­nique mon­diale (Luke Vibert, Ellen Allien, Sur­geon, Frank Bret­sch­nei­der, etc…) et sou­tient la scène locale. Son créa­teur Afif Ria­hi élar­git peu à peu la pro­gram­ma­tion aux cultures numé­riques et orga­nise des ate­liers, des expo­si­tions ou des évé­ne­ments mul­ti­mé­dia comme Intercal.

Inter­cal

 

A par­tir de 2017 l’équipe d’E‑Fest, en col­la­bo­ra­tion avec le col­lec­tif La Bulle, lance le pro­jet iti­né­rant « No Logo » qui explore les régions inté­rieures du pays.

De son côté, le col­lec­tif World Full Of Bass, fon­dé en 2009 par Shi­ni­ga­mi San surfe sur le tsu­na­mi Dubs­tep et défend le bas du spectre sonore avec exi­gence à tra­vers de nom­breux évè­ne­ments. Leur pre­mier anni­ver­saire réunit une poi­gnée d’artistes des scènes élec­tro indé­pen­dantes, puis Joe Nice en 2011 ou Dar­q­wan l’année sui­vante. Des années plus tard, des membres du col­lec­tif construisent UNITY Sound Sys­tem, le pre­mier sound-sys­tem tunisien.

World Full Of Bass

 

Le 5 février 2011, pen­dant le couvre feu impo­sé à la suite du sou­lè­ve­ment popu­laire de fin 2010 et le départ du pré­sident déchu le 14 jan­vier, le col­lec­tif Wave­form orga­nise la soi­rée « Under Couvre Feu » en sou­tien aux vic­times et pour mar­quer leur engagement.

Ce col­lec­tif fon­dé par DJ Ogra s’est épa­noui au sein de l’espace artis­tique alter­na­tif Plug situé à la Mar­sa près de Tunis, qu’Orga co-anime. Là s’installe une sub­ver­sion musi­cale qui sti­mule la scène musique élec­tro­nique en Tunisie.

En 2012, le pro­duc­teur ZRK crée son label de tech­no poin­tue Afro­tek. Autre pro­duc­teur tech­no, Haze‑M signe sa pre­mière sor­tie (en col­la­bo­ra­tion avec Enfants Malins) à l’étranger. Emine Ben Ali (A.k.a. Emine) lance le label under­ground Source. Le DJ et pro­duc­teur Ham­di Ryder crée le vinyl shop Eddis­co et les soi­rées « Down­town Vibes : Secret Vibes » qui pro­posent des ren­dez-vous secrets House au coeur de la ville. Le pro­duc­teur Hayej orga­nise quelques évé­ne­ments sau­vages « Step­pers », dans le res­pect de la culture Free Party.

L’Ephémère Fes­ti­val, qui lance entre autres les débuts de Ben­je­my, effec­tue sur trois ses­sions consé­cu­tives en 2014, 2015 et 2016, un take over sur le pay­sage sonore de Ham­ma­met. Il y insuffle un air de fraî­cheur, accom­pa­gné d’interventions artis­tiques entre art vidéo et graffitis. 

L’année 2015 voit naître le label de musiques non club Infi­nite Tapes, créé par Krux/DVSN et SKNDR ou le label Tech­no WARØK créé par Eyth et Clotur.

Fes­ti­val Ephemere 

 

Le Wax Bar à vinyles devient un lieu de ren­contres pri­vi­lé­gié pour les musiques club à contre-cou­rant. Il accueille les show­cases de WARØK ou les soi­rées Wax Lab, créés par l’artiste gra­phique ArtMe. 

Avec le col­lec­tif Arabs­ta­zy ou le pro­duc­teur Ammar 808, le label Shou­ka explore les champs de fusions pos­sibles entre musiques tra­di­tion­nelles et électroniques. 

Créé en 2019 par le pro­li­fique Hear­thug avec Eyth (sous pseu­do Bri­ki) et Emine, Are You Alien ? est le der­nier né des labels tuni­siens. Avec des artistes comme Mar­wa Bel­haj, Yous­sef et Mash, la nou­velle géné­ra­tion explore des pistes loin du mainstream.

 Boi­ler Room Tunis Hearthug

 

Comme toute his­toire, celle de la musique élec­tro­nique en Tuni­sie s’est faite avec des acteurs, des évé­ne­ments et des lieux de dif­fu­sion. Le modèle éco­no­mique de ces der­niers est lié aux condi­tions d’obtention d’une licence d’alcool, épreuve constante pour le déve­lop­pe­ment de cette scène. L’absence de salles de concerts et de sou­tien gou­ver­ne­men­tal en est une autre. Les fes­ti­vals récents relèguent par­fois les artistes locaux au second plan. Ils consti­tuent, avec l’indifférence des radios, un des grands obs­tacles à la prise en compte de cette scène en tant que mou­ve­ment culturel.

L’accessibilité gran­dis­sante de la pro­duc­tion musi­cale via la M.A.O. (musique assis­tée par ordi­na­teur) a ouvert la porte à une plus grande pro­duc­ti­vi­té, notam­ment à celle du Hip Hop dès 2012, mais l’accroissement du nombre de DJs est confron­té à une pro­duc­tion timide. Timide au niveau de la quan­ti­té comme des orien­ta­tions artis­tiques avec une qua­si absence d’approches expérimentales.

Quelques artistes réus­sissent le pari d’une musique ori­gi­nale comme Azu Tiwa­line signé chez Livi­ty Sound ou Dee­na Abdel­wa­hed chez InFi­né, dont le suc­cès du pre­mier opus Khon­nar prouve que la musique élec­tro­nique est un champ de créa­tion artis­tique qui doit por­ter la voix de son auteur sans être assu­jet­ti à un sys­tème de réponses dic­té par la demande.

 Dee­na Abdel­wa­hed – Tawa

 

Cet article s’inscrit dans une série sur l’électro au Maghreb : 

« L’underground algé­rien… un pro­jet ambi­tieux à connaître ! »

« Les 90’s oubliées de la musique élec­tro­nique maro­caine »

 

 

Zied Meddeb Hamrouni

Zied Meddeb Hamrouni (nom d'artiste Shinigami San) est un artiste multidisciplinaire  travaillant dans le croisement entre image, son et espace. Parallèlement à ses  parcours académiques architecturaux et cinématographiques, sa musique est  profondément influencée par les musiques IDM et Dub. Ses performances  audiovisuelles l'ont amené à explorer le lien entre le temps, l'espace et l’affect. Son  travail de cinéaste et monteur expérimental lui fait traverser les nouvelles frontières de la réalité virtuelle à travers le son et l'image.

Veuillez choisir comment vous souhaitez avoir des nouvelles du webmédia #AuxSons par Zone Franche:
Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la newsletter.
En savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits.