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Vanuatu Women’s Water Music © Wantok Music, Sarah Doyle, Tim Cole.
Vanuatu Women’s Water Music - © Wantok Music, Sarah Doyle, Tim Cole.

Trésors méconnus des musiques d’Océanie - épisode 2 - La Mélanésie

Après avoir jeté l’ancre à Hawaï et en Polynésie française dans l’épisode 1, cap sur la Mélanésie dans ce deuxième épisode : direction Vanuatu, les îles Salomon, Bougainville et la Papouasie Nouvelle-Guinée pour entendre les traditions musicales de leurs peuples, mais aussi leurs luttes et leurs revendications.

En venant de la Polynésie, le plus oriental des archipels mélanésiens que l’on rencontre est celui des Fidji.

1. La Mélanésie Creative Commons Attribution Share Alike 3.0 Unported
La Mélanésie  - Creative Commons Attribution Share Alike 3.0 Unported

 

Les influences polynésiennes donnent une couleur particulière aux musiques et aux danses des Fidjiens. Le groupe Rosilioa en est un bel exemple. S’il s’est fait connaître sous le nom de Black Rose, son homonyme anglais, groupe de heavy metal qui a écumé les scènes internationales, l’a obligé à changer de nom…

2. Danseurs Black Rose Of Fidji © F.bensignor
Danseurs Black Rose Of Fidji © François Bensignor

 

Depuis le début des années 2000, la musique de Black Rose of Fidji appuie son répertoire sur les chants ancestraux. Sa collaboration avec David Leroy, arrangeur et producteur artistique basé en Nouvelle-Calédonie, a permis de satelliser quelques hits dans la sphère électro. C’est le cas de Raude, une chanson que Jim Ratusila, chanteur et leader du groupe, tient de son grand-père. Elle lui avait été inspirée par la sidération des insulaires lors de l’atterrissage du tout premier avion dans l’archipel.

Rosilioa - Raude (version originale)

 

Le clip de Raude présente la fabrication du kava, breuvage apaisant connu dans une grande partie du Pacifique. Cette plante, apparentée au poivre, pousse au Vanuatu, à Fiji et à Wallis-et-Futuna. Son rhizome possède des propriétés myorelaxantes, stimulantes et euphorisantes. Le kava est utilisé depuis des temps immémoriaux dans la vie cultuelle et politique de ces îles. Sa consommation ritualisée est régie par la coutume et son partage est un signe d’amitié. Le kava le plus réputé provient du Vanuatu.

  • Vanuatu

3. Vanuatu & Nouvelle Calédonie
Vanuatu & Nouvelle Calédonie © Eric Gaba – Wikimedia Commons user: Sting

 

L’archipel du Vanuatu, anciennes Nouvelles Hébrides, conserve un trésor de biodiversité. Certaines tribus encore très isolées y perpétuent des traditions de danse et de musique assez particulières. En voici un exemple tourné dans l’île de Tanna, au Sud de l’archipel.

Danse coutumière des habitants du village de Yoahnanan, menés par leurs chefs Kawia et Tuk, adeptes du culte du Prince Philip.

 

Vanuatu compte 81 îles. Certaines ne sont peuplées que de quelques centaines d’habitants. Les orchestres de divertissement y font florès, sous la forme archétypale du string band. Chaque région culturelle ou géographique possède son propre string band. C’est le cas dans la petite île de Tutuba, qui fait partie de la Province de Sanma sur la grande île volcanique d’Espirito Santu, au Nord-Ouest de l’archipel.

Tutuba String Band - Oh La Lay

 

Une autre tradition musicale de Vanuatu, directement héritée de la nature, jouit d’une jolie réputation sur les scènes du monde : la “Water Music” des femmes des îles Gaua et Mere Lava situées au Nord de l’archipel. Comme les Pygmées d’Afrique Centrale, le groupe de femmes tambourine la surface aquatique avec mains et bras, produisant des rythmes envoutants. Elles excellent aussi dans les chants mélodieux et les danses toutes en feuilles.

Grâce à la maison de production australienne Wantok Musik, qui produit les disques et les spectacles de Vanuatu Women’s Water Music, certains chanceux ont pu les voir à l’occasion de leurs rares tournées mondiales.

Vanuatu Women’s Water Music

 

  • Les îles Salomon

L’archipel des îles Salomon s’étend au Nord-Ouest du Vanuatu. Jeune monarchie membre du Common Wealth, le royaume des îles Salomon est indépendant depuis 1978. Le pays est constitué d’une douzaine d’îles principales et de près d’un millier d’autres. Elles ont été le théâtre de très rudes combats entre le Japon et les États Unis durant la deuxième Guerre mondiale. Relativement déshéritées, les îles Salomon sont à la merci des cyclones, des tremblements de terre et des tsunamis…

Le bambou est le matériau de base des instruments de musique aux îles Salomon. Son utilisation est capitale, notamment pour les grands orchestres de flûtes de pan, une spécialité de l’archipel. Certains groupes réunissent jusqu’à 30 musiciens. Ce sont des Pan Pippers. Ils fabriquent eux-mêmes leurs flûtes et les percussions de bambous qui les accompagnent. C’est le cas des Pan Pippers du village de Toelegu, dans le district de Havulei de l’île Santa Isabel.

Les Toelegu Pan Pipers se produisent à Uepi Island, dans la province Ouest des Îles Salomon.

 

  • Région autonome de Bougainville

Indépendante depuis 1975, la Papouasie-Nouvelle Guinée rassemble la partie orientale de la Nouvelle-Guinée avec un ensemble d’îles, dont les plus importantes sont la Nouvelle Irlande, la Nouvelle Bretagne et jusqu’à récemment l’île Bougainville. Géographiquement rattachée aux Salomon, l’île Bougainville a mené, tout au long des années 1990, une guerre de cession qui s’est soldée par un accord de paix en 2001. Un referendum d’autodétermination s’est tenu en novembre-décembre 2019, pour lequel 98,31% des votants se sont prononcés en faveur de l’indépendance. Pour devenir effective, celle-ci doit encore être ratifiée par le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

À Bougainville, on retrouve la même profusion de Bamboo Bands qu’aux Salomon. Les instruments, faits de bambous de différentes tailles, fonctionnent comme des percussions harmoniques. Chaque tube est accordé et les musiciens se servent de semelles de tongs pour en frapper l’ouverture. Un son assez saisissant allié aux chœurs de femmes.

Tatok Bamboo Band - Tangini

 

  • Papouasie Nouvelle-Guinée

À l’extrême Nord-Ouest de la Mélanésie, la grande île de Nouvelle-Guinée est coupée en deux depuis 1969, l’Indonésie ayant décidé unilatéralement d’annexer la Papouasie Occidentale, où elle fait régner la terreur sur les populations autochtones.

Les Papous qui vivent depuis des siècles dans les forêts de cet immense territoire, y sont persécutés, chassés, massacrés. Alors qu’ils composaient 96% de la population dans les années ’70, ils n’en seront bientôt plus que 30%. Une situation terrible, ignorée par la communauté internationale.

George Telek, chanteur compositeur papou mondialement reconnu, est originaire de Rabaul, au Nord-Est de l’île de la Nouvelle Bretagne. Avec talent et constance, il défend la culture ancestrale des Papous et leur unité. Avec David Bridie, son alter ego australien qui l’accompagne depuis ses débuts d’artiste professionnel, il a créé “a Bit na Ta”, projet muséal et musical destiné à faire connaître, préserver et promouvoir la musique et les traditions des Tolai, la communauté humaine qui l’a vu grandir sur les rives de Blanche Bay.

George Telek & David Bridie - Tabatai - extrait de l’exposition a Bit na Ta

 

Telek s’est servi de sa notoriété internationale pour faire connaître le triste sort de la Papouasie Occidentale et tenter de mobiliser les peuples du monde en faveur d’une libération du joug indonésien.

George Telek - West Papua

 

Quant au label Wantok Musik, il continue de se mobiliser aux côtés des Papous. En 2019, il commercialisait le livre disque We Have Come to Testify (There is much we want the world to know) consacré au massacre perpétué à Byak City, la capitale de l’île de Byak, au Nord Ouest de la Papouasie Occidentale en 1998.

Voici les faits. Un drapeau à l’étoile du matin, qui symbolise l’aspiration des Papous à retrouver leur liberté, avait été dressé sur le château d’eau de la ville de Byak. Pendant quatre jours, les Papous se sont rassemblé sous le drapeau, leur nombre grandissant chaque jour. Ils n’étaient pas armés et réclamaient leur indépendance. L’armée indonésienne, envoyée pour disperser la foule, tira à balles réelles. Les jours suivants, trois bateaux de guerre indonésiens embarquèrent de force des Papous, qui furent liquidés et jetés par-dessus bord. Plus de 200 personnes ont ainsi perdu la vie…

We Have Come to Testify (There is much we want the world to know), “Underneath the Water Tower”

Affiche présentant “A Bit Na Ta” de George Telek, David Bridie & les musiciens de Gunantuna
Affiche présentant “A Bit Na Ta” de George Telek, David Bridie & les musiciens de Gunantuna - © Wantok Musik

Ce demi-siècle de génocide programmé en Papouasie demeure hors des radars de l’info. Seuls les artistes se lèvent régulièrement pour le dénoncer, comme le faisait régulièrement le slamer calédonien Paul Wamo dans ses concerts. Un combat qu’il est utile de relayer.

 

P.S. : Si j’ai volontairement omis d’aborder la Nouvelle Calédonie dans ce survol mélanésien, c’est parce qu’une excellente synthèse a été faite dans le Focus de Sylvain Derne : “Nouvelle Calédonie, les racines et la pirogue”.

 

 

François Bensignor

François Bensignor

Journaliste musical depuis la fin des années 1970, il est l’auteur de Sons d’Afrique (Marabout, 1988), de la biographie Fela Kuti, le génie de l’Afrobeat (éditions Demi-Lune, 2012). Il a dirigé l’édition du Guide Totem Les Musiques du Monde (Larousse, 2002) et de Kaneka, Musique en Mouvement (Centre Tjibaou, Nouméa 2013).

Cofondateur de Zone Franche en 1990, puis responsable du Centre d’Information des Musiques Traditionnelles et du Monde (CIMT) à l’Irma (2002-14), il a coordonné la réalisation de Sans Visa, le Guide des musiques de l’espace francophone (Zone Franche/Irma, 1991 et 1995), des quatre dernières éditions de Planètes Musiques et de l’Euro World Book (Irma).

Auteur des films documentaires Papa Wemba Fula Ngenge (Nova/Paris Première, 2000) tourné à Kinshasa, Au-Delà des Frontières, Stivell (France 3, 2011) et Belaï, le voyage de Lélé (La Belle Télé, 2018) tourné en Nouvelle-Calédonie, il crée pour la chaîne Melody d’Afrique la série d’émissions Les Sons de… (2017).

Il a accompagné l’aventure de Mondomix sur Internet et sur papier, puis contribué à son exposition Great Black Music pour la Cité de la Musique de Paris (2014).

On peut lire sa chronique Musique dans la revue Hommes & Migrations depuis 1993.

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