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Las LLoronas © Pepa Niebla / Deli Teli © Doğan Boztaş / Yann Solo © Cyril Gabbero / Eliasse © Greg Bronard / Lúcia de Carvalho © Frank Lorioux Léger / FlexFab & Ziller Bas © Raphael Piguet
Las LLoronas © Pepa Niebla / Deli Teli © Doğan Boztaş / Yann Solo © Cyril Gabbero / Eliasse © Greg Bronard / Lúcia de Carvalho © Frank Lorioux Léger / FlexFab & Ziller Bas © Raphael Piguet -

Retour sur les concerts “Born on Line“ de la seconde édition de ¡Franchement !

Initié en septembre 2021 pour accompagner les 30 ans de Zone Franche le réseau des professionnels des musiques du Monde, le festival ¡Franchement! s’est rejoué cette année au Rocher de Palmer à Cenon et à la MÉCA au centre de Bordeaux. Passionnantes conférences en journée, concerts découvertes en nocturne. Baptisée “Born On Line”, la partie musicale fait la part belle à des projets neufs sélectionnés sur appel, par un jury de spécialistes clairvoyants. Présentées au Salon de Musique du Rocher de Palmer, les 6 propositions retenues se sont dévoilées originales, très diversifiées et de belle qualité.

 

Mardi 20 septembre : Las LLoronas / Deli Teli / Yann Solo

 

Las Lloronas

Immédiatement le trio Las Lloronas (Les Pleureuses) captent les cœurs, les leurs palpitent dans un cristallin a capella. Après l’extinction du souffle de cette troublante introduction, leurs instruments élargissent le paysage.

Voyageuses, nées en Belgique, elles ont été nourries de racines mêlées, Sura Solomon à l’accordéon ou au ukulele a des racines en Amérique et en Afrique du Sud, Amber in ‘T Veld a du sang espagnol et néerlandais, Marieke Werner est originaire d’Allemagne. Principalement signé de leurs plumes, leur répertoire laisse apparaître une inspiration hybride où miroitent mille traditions réinventées. Leurs délicates compositions, chantées ou slamées en espagnol, français ou anglais collent entre elles des bouts d’ailleurs venus d’Europe de l’Est, des Amériques ou d’autres territoires à découvrir. Leurs textes dépeignent avec poésie le monde à travers ses miracles ou ses questions sombres. Leur douce mélancolie frémit au cœur de leurs arrangements et résonne encore dans leurs silences. Les larmes qu’elles suggèrent ou suscitent sont de celles qui nettoient les âmes.

 

Deli Teli

Embarquement immédiat pour la pop grecque du quartet marseillais Deli Teli. Basse (Christos Karypidis) et bouzouki (Tassos Tsitsivakos, également au chant), clavier (Arthur Bacon, aussi chanteur) et batterie (François Rossi) sympathisants. Un générique instrumental, suivi de chansons d’amour « qui finissent mal, mais font danser ». La croisière commence par Chily Chily emprunté au chanteur Koko dont le refrain Deli, Deli, Deli, Deli, Teli (Sans les Cordes) a inspiré le nom de leur groupe. Avec des arrangements plus léchés qu’à l’époque et des sons plus rutilants, ils réveillent l’âge d’or sixties où le tsiftelteli régnait en maître dans les fêtes populaires et les clubs helléniques. Dans le public Eliasse, le bluesman comorien à l’affiche le lendemain se délecte de cette musique qui lui évoque le taarab de son archipel natal. Sans autre prétention que de nous distraire, le twist à l’huile d’olive et à l’ouzo de Deli Teli provoque une sympathique ivresse.

 

Yann Solo

Extrait du précédent projet de Yann Cléry

Yann Clery - aka Yann Solo - chanteur, poète, comédien et flûtiste acrobate se présente pour la première fois sur scène en solitaire. Un lointain désir qu’il a pu mettre en place lors du confinement et qui lui permet de réveiller ses frissons anciens pour la drum n’ bass et le rap anglais. Ses beats et ambiances numériques soignées expriment un désir musical immédiat où sur les sons programmés, le chant et la flûte peuvent librement s’exprimer. Après des années de quêtes sur ses racines africaines, il s’autorise aujourd’hui de simples chansons d’amour ou ironise sur son “French accent” de globe trotter. Le Guyannais favorise l’expression contemporaine d’une identité créole dans l’espace et le temps l’Afrique, le jazz, la soul, tout autant que l’Atlantique, le blues et la pop européenne, affleurent révélant ses racines et les greffes réussies durant son parcours ouvert. Dans nos oreilles l’histoire défile et la terre ne cesse de tourner. A plusieurs reprises, il dialogue avec des voix préenregistrées, terminant sur « Professeur quelque chose à ajouter ? C’était l’idée que l’univers a toujours existé ! »

Yann Solo nous signale que clip tourné, album enregistré, ce nouveau projet est prêt, mais qu’il cherche un tourneur avant de le sortir.

 

Mercredi 21 : Eliasse / Lùcia de Carvalho / FlexFab & Ziller Bas

 

Eliasse

Avec Eliasse la soirée démarre sur l’énergie généreuse d’une vision du monde ancrée mais sans frontières. Sa musique est riche des étapes de son parcours : la Grande Comore, le foot de haut niveau, Mayotte, puis la pratique musicale venue dévier un destin sage de juriste. Il l’a d’abord exercé auprès d’emblématiques artistes des Comores (Maalesh, Mikidache ou Baco) puis elle est devenue son moyen d’expression. Reflets poétiques de sa vie, ses chansons avoue l’amour, la paternité, commente son quotidien en France d’où il reste un observateur critique de son pays et des dérives du monde.

Le trio blues-rock est compact, vif et pertinent. La basse de Jérémy Ortal et la batterie de Fred Girard mettent en valeur le chant, la guitare et le luth comorien électrifié gaboussi d’Eliasse Ben Joma, un artiste ouvert mais qui n’a jamais écarté ses racines, la langue et ses rythmes tatoués à jamais dans son imaginaire.

 

Lùcia de Carvalho

Sans baisser d’intensité, l’énergie change en même temps que les latitudes et longitudes musicales. Le Brésil africain s’offre à nous. Le lien qui relie le cœur de l’Angola aux rives de Bahia, Lùcia De Carvalho l’a solidement noué en passant par le Portugal et la France. Malgré ce parcours inattendu, Lùcia n’a jamais perdu le fil, grâce à son amour de la vie et son faisceau lumineux intérieur. Lumière c’est le prénom portugais qu’elle s’est choisie et le titre de son récent album Pwanga en tchkowe, langue de l’Est angolais. D’abord seule et solide - Carvalho c’est le chêne en portugais - sa voix et son tambour lancent un appel clair et spirituel, prélude à la fête, au voyage et au vivre ensemble. Son groupe se met en marche. Guitare, violoncelle, claviers ou trompette et percussions complices, jouent une partition libre, compacte et sans clichés. Portée par leur vitalité complice, Lùcia frappe les peaux des tambours ancestraux, gratte la percussion angolaise dikanza, mène la danse et chante de toute son âme. Nourri par sa force de persuasion le parterre ondule, tangue et sourit.

 

FlexFab & Ziller Bas

Une diction puissante et fluide qui colle aux beats comme aux saillies expressives des machines. La force d’une vraie rencontre, l’évidence d’une expression urgente, le télescopage du hip-hop électro intègre du compositeur suisse FlexFab et du MC Kenyan Ziller Bas, un pacte scellé après une première rencontre instinctive. Invité au Kenya, par le collectif Flee, le musicien producteur poursuit une quête sincère vers l’essence sonore africaine et les mouvements excitants de son présent. Entre résidence à Nairobi et tournée nationale, il donne un concert à Kilifi, ville démunie de la côte kenyane. Le public local est happé, Ziller Bas interpelle FlexFab, qui lui tend le micro. Il y a de la magie, de l’évidence complémentaire. De retour à Neuchâtel, le souvenir remonte comme un chemin possible à l’esprit du producteur. Retour au Kenya, location de studios où 14 morceaux fusent.

Elevé aux traditions percussives de la communauté Giriama, dont il a entendu l’écho dans la bass music de son acolyte, Ziller Bas, rappe en “Swengflow“, télescopage d’Anglais, de Swahili et de la langue de son ethnie. Il décrit son quotidien brutal, les incohérences sociales et politiques de son pays. Imposant et charismatique, son flow sans faux semblant réagit aux machines infaillibles et au jeu assuré de percussions de FlexFAb.

Leur set implacable et sans concession, dans lequel deux cultures font corps pour affirmer l’universalité de la musique, complète une sélection passionnante de projets inédits d’artistes et clôt deux journées “¡Franchement!“ intenses.

 

 

benjamin MiNiMuM

Benjamin MiNiMuM © Ida Wa
© Ida Wa

Benjamin MiNiMuM a été le rédacteur en chef de Mondomix, à la fois plateforme internet et magazine papier qui a animé la communauté des musiques du Monde de 1998 à 2014.

Il est depuis resté attentif à l’évolution de la vie musicale et des enjeux de la diversité, tout en travaillant sur différents projets journalistiques et artistiques. Il a rejoint l’équipe rédactionnelle de #AuxSons en avril 2020.

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