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Momo Music Of Moroccan Origin
Momo - Music Of Moroccan Origin

Les 90’s oubliées de la musique électronique marocaine

Dans la continuité du Focus « Brève histoire de la musique électronique en Tunisie », et « L’underground algérien… un projet ambitieux à connaître ! » cet article vient clore une série sur les musiques électroniques du Maghreb !

 

Les 90’s ont été une décennie féconde en musiques électroniques. Au Maroc, musiciens et producteurs utilisaient aussi des machines pour donner de nouvelles interprétations aux musiques traditionnelles et créer des formes musicales futuristes et complexes.

Le label Barraka El Farnatshi est pionnier dans ces mélanges de sonorités ancestrales du Maroc et styles contemporains de dub, trance, house ou techno. Il a été fondé par Pat Jabbar, artiste suisse amoureux du Maroc et de ses musicalités, pour produire le 1er album de son groupe Aisha Kandisha’s Jarring Effects (AKJE), en 1990. El Buya est un album qui plonge dans la “fraja”, danses collectives déchainées, emmenées par l’extase religieuse ou la pure euphorie. Son succès a fait connaître AKJE à l’écrivain et compositeur américain Paul Bowles, qui a partagé sa découverte avec le bassiste et producteur Bill Laswell.  Le Pape du Dub invite Pat Jabbar à New York pour créer Shabeestation. Laswell propulse AKJE vers une nouvelle dimension : au-delà de la profondeur de sa basse qui court sur tout l’album, il y ajoute la voix d’Umar Bin Hassan de The Last Poets et les claviers de Bernie Worrell, membre fondateur de Funkadelic-Parliament et compagnon de scène de Talking Heads. Cette imbrication d’éléments crée une transe hybride, et lance AKJE dans leur 1ère tournée européenne en 1994. Pat Jabbar précise : « Avec cet album et les concerts, nous voulons que les gens se libèrent, oublient tout ce qu’il y a dans leurs vies et qu’ils se mettent en transe sur la musique. »

Shabeesation (1993)

 

Barraka El Farnatshi a produit des artistes qui proposent des hybridations personnelles, comme le groupe Ahlam (Revolt Against Reason (1992), Acting Salam (1995) et Les Riam (1997)), ou Sapho, chanteuse franco-marocaine qui digitalise l’art ancestral des Cheikha. Tout au long de la décennie, la mosaïque du label s’enrichit avec Dar Beida 04, Amïra Saqati, Hamid Baroudi, Mara & Jalal, Argan…

Pat Jabbar connecte les différentes facettes de la scène marocaine et les propulse sur la scène internationale. Le projet Oujda-Casablanca Introspection, compilation à deux volumes, vise ce double but par les différentes collaborations qui la rythment : Lozane, Bouchra, Rached Kabbaj, l’Orchestre Mani, Jil Jilala, Paco de Nass El Ghiwane, Hassan El Houssini … Les Frères Bouchenak, qui y apparaissent, sont emblématiques de la scène Oujdi avec leur approche avant-gardiste du raï moderne. Jennouni, leur premier enregistrement de 1983, leur offre le premier prix du concours du label légendaire de Rabat Adouaa Al Madina. Dès lors, les Chevaliers du Raï galopent sur les scènes maghrébines et européennes, à coups de raï, de malhoun, de poésie, et d’un arsenal d’instruments électroniques et acoustiques (boîtes à rythmes, séquenceurs, synthétiseurs, guitare, basse, batterie et saxophone).

Bouchnak - Hna Madabina (1988) 

 

« On était le premier groupe maghrébin à signer avec un major, Sony, en 1991 » souligne Hamid Bouchenak : « Ça nous promettait une distribution mondiale et on a vendu plus de 450 000 albums. »

Aflak est un autre symbole de cette électronisation des rythmes populaires, ils l’ont même poussé plus loin en créant des arrangements sophistiqués et en maniant en live les dernières technologies (synthétiseurs, batteries électroniques…) Une approche également adoptée par d’autres artistes comme Khalid Fikri, Bouchra, Shuka, Sidonie

Cette explosion de la musique électronique marocaine dans les 90’s prend racine dans les années 60. En 1968, Brian Jones des Rolling Stones enregistrait The Pipes of Pan of Jajouka avec les musiciens de ce village du Rif marocain. 20 ans après, Elliot Sharp collabore avec Bachir Attar des Master Musicians of Jajouka pour créer un LP, enregistré en live et mixant rhaita, guembri et flûtes avec les beats stylisés de la noise expérimentale de l’Américain. Dix ans plus tard, Talvin Singh, virtuose de la fusion entre musique classique indienne et électronique, allie son art aux Master Musicians of Jajouka pour pondre un album éponyme, avec des titres marquants comme Above the Moon. Le voyage proposé est une transe symbiotique entre tabla électro et instruments spirituels du rif.

Bachir Attar with Elliot Sharp - Arracks Tehta’l Kamar 

 

Talvin Singh est l’un des symboles de la scène british des 90’s liée au clash vécu par la 2ème génération issue de la migration des années 60 : entre traditions familiales et chaos culturel UK. Les années 80 voient l’arrivée d’immigrés maghrébins qui s’intègrent à cette scène babélienne comme U-Cef, prodige de la digitalisation des musiques marocaines. Il traduit les sonorités Gnawa, les hymnes du melhoun et les chants Amazigh dans les codes de la drum’n’bass, de la dub ou du ragga. Tout cela prend forme en 1998 dans ses opus Hijra, Tagazout et plus tard Halalium où une pléthore d’artistes sont invités (Natacha Atlas, Rachid Taha, UK Apache, OUM…).

U-Cef - Gazel Fatma (1999)

 

Le label Apartment 22 qui a produit les deux premiers EP de U-Cef a aussi travaillé avec MoMo.

« U-Cef ou MoMo sont juste des artistes marocains qui font de la musique marocaine, sauf que c’est de la musique d’aujourd’hui. Il est temps de donner plus d’espace à cette musique », expliquait Andy Morgan, le fondateur du label.

C’est précisément la proposition simple et puissante de MoMo (Music of Moroccan Origin). Les trois musiciens du groupe, exilés à Londres, ont créé leurs propres mixtures composées de rythmes et sons traditionnels dans des structures techno, trance ou encore garage et breakbeat, ce qu’ils appellent Digital Roots Music, abrégé en DaR (maison en arabe).

 

Guedra Guedra - A brief History of Morocco’s Electronic Music

 

La liste est loin d’être exhaustive tant à partir de cette décennie il y a eu de marocains à se faire une place légitime dans les espaces de la musique électronique, dans un élan de décolonisation de la bass music. 

 

Merci à Mouna Guidiri pour son aide précieuse !

 

 

Cet article s’inscrit dans une série sur l’électro au Maghreb : 

« L’underground algérien… un projet ambitieux à connaître ! »

« Brève histoire de la musique électronique en Tunisie. »

 

 

Guedra Guedra

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Guedra Guedra est un Dj/Producteur, explorateur des polyrythmies tribales et des innovations underground des dancefloors. Basé à Casablanca au Maroc, ses productions sont définies par l’énergie de sa bass tribale et par l’ambiance psychédélique qu’il puise dans les rythmes ancestraux.

Son premier EP Son of Sun, produit chez On The Corner Records, a fait trembler les sols par son contenu futuriste et euphorique qui défie les genres musicaux. Il a été référencé par plusieurs plateformes depuis sa sortie en avril 2020 : parmi les Best Dance Singles de Bandcamp, les Best Singles de Resident Advisor, Global album sur The Guardian et les charts for the week sur KEXP.

Son mix “A brief History of Morocco’s Electronic Music” illustre bien ce travail et a été salué par Pitchfork parmi les 7 meilleurs mix de mai 2020. Ses explorations ne se limitent pas à son Maroc natal, Guedra Guedra est toujours en quête de musiques : du Maghreb à l’Afrique de l’Ouest jusqu’à la péninsule arabique.

Découvrez le titre "Guedra Guedra - Uggug de l’album Son of Sun"

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