22 mai 2019
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Par Manu Théron
#7
Playlist de Manu Théron
#7

Voi­ci une play­list de LIL­HIP’s (Ladies I’d Like to Hear in Para­dise) comme je rêve­rais d’en écou­ter en toutes cir­cons­tances. La voix popu­laire fémi­nine est pour moi comme la marque du des­tin sur nos cœurs. Elle s’é­lève, majes­tueuse, non dans le but de domi­ner, mais dans celui de nous éle­ver à notre tour et de nous fondre avec géné­ro­si­té dans tous les replis de son amour. Les inter­prètes réunies ici appar­tiennent à ce flux inin­ter­rom­pu qui, depuis la nuit des temps, gère les cica­trices de l’hu­ma­ni­té, pré­vient les maux ou les apaise selon les jours. Cette source inépui­sable de récon­fort abreuve toutes les soifs de l’âme, dans les troubles, les joies, dans les nais­sances et les deuils. Que ces inter­prètes en soient remer­ciées et que nous ne démé­ri­tions jamais de leur accom­pa­gne­ment gra­cieux, de leur puis­sance conso­la­trice et de leur beau­té.”

Manu Théron

Avec une grand-mère chan­teuse lyrique et des parents ama­teurs de rock et de musiques élec­tro­niques, le jeune Manu Thé­ron aurait pu être immu­ni­sé à jamais. En 1987, pour­tant, il replonge, et fré­quente la classe de son de Lucien Ber­to­li­no, aux Beaux-arts de Mar­seille.

Puis, ce sont les voyages qui ter­minent tra­vail. En Ita­lie, il se fami­lia­rise avec l’héritage popu­laire sep­ten­trio­nal et le tra­vail des ani­ma­teurs-cher­cheurs du nuo­vo can­zo­niere. En Bul­ga­rie, plus pré­ci­sé­ment en Thrace cen­trale, il découvre un folk­lore ins­ti­tu­tion­na­li­sé d’un très haut niveau d’exigence et de conte­nu artis­tique. De retour en France, Manu Thé­ron est convain­cu qu’un tra­vail s’impose dans sa région, esti­mant que les héri­tiers du folk y ont délais­sé le chant au pro­fit de recherches sur l’instrumentarium. Nous sommes en 1995. Un artiste pas­sion­né est en train de naître.

En com­pa­gnie de Bar­ba­ra Ugo et Sam Kar­pie­nia, il fonde Gacha Empe­ga dont le par­cours éphé­mère impres­sionne autant que l’ambition : inven­ter un chant col­lec­tif ins­pi­ré des poly­pho­nies médi­ter­ra­néennes, à la fois prise de parole volon­ta­riste et inven­tion vocale « liber­taire ». Le groupe s’arrête après un disque et deux ans de tour­née dans tous les pays d’Oc, en France et en Europe.

Vient le temps de la matu­ra­tion. Après une rési­dence de réflexion et d’apprentissage avec des musi­ciens popu­laires algé­riens, Manu Thé­ron remet sur pied une for­ma­tion au quar­tier de la Plaine, à Mar­seille, qu’il nomme Lo Còr de la Pla­na. Un c(h)oeur qui débu­te­ra timi­de­ment là où Gacha Empe­ga s’est arrê­té, par une recherche sur le réper­toire vocal lié à la reli­gion popu­laire.

Touche-à-tout ten­dance hyper­ac­tif, Manu Thé­ron ren­contre la man­do­li­niste Patrick Vaillant auprès duquel il appro­fon­dit sa connais­sance des musiques d’Oc et de leur his­toire. Avec Daniel Mal­avergne au tuba, ils forment le trio Chin Na Na Poun, qui s’attache à la figure de Vic­tor Gélu, grand poète popu­laire mar­seillais.

Paral­lè­le­ment, Lo Còr de la Pla­na pour­suit la réin­ven­tion de la poly­pho­nie occi­tane et rem­porte le grand-prix de l’Académie Charles Cros dans la caté­go­rie « musiques du monde » en 2003. Après un prix de la Sacem, Lo Còr de la Pla­na obtient, lors d’un concert new-yor­kais en 2008, une recon­nais­sance inter­na­tio­nale, qui pro­pulse le groupe sur les scènes du monde entier. Comme une évi­dence artis­tique et esthé­tique, loin des polé­miques fran­co-fran­çaises sur les langues régio­nales.

D’autres créa­tions voient le jour. Elles convient des acteurs recon­nus de la renais­sance des musiques popu­laires médi­ter­ra­néennes et des­sinent des pas­se­relles entre Mar­seille, le Sud algé­rien, le Mez­zo­gior­no et le reste du monde d’Oc. « Lo Còr EL Maya » comme « Ve Zou Via » témoignent de la viva­ci­té de ces liens, tan­dis que le tra­vail sur le renou­veau de la voca­li­té occi­tane se pour­suit avec Poli­fo­nic Sys­tem, quatre bouches pour dan­ser et « Mada­le­na », où Manu Thé­ron s’exerce à la direc­tion d’un chœur regrou­pant les grandes voix du chant fémi­nin occi­tan.

De nom­breuses col­la­bo­ra­tions avec des musi­ciens locaux ou inter­na­tio­naux contri­buent à la dif­fu­sion de ce tra­vail. Avec Hakim Ham­ma­doucheFan­ta­zio ou Raphaël Imbert dans le monde du jazz et des musiques impro­vi­sées. Ori­gines Contrô­lées ou Mas­si­lia Sound Sys­tem dans celui des musiques actuelles (plus récem­ment « Sages Comme des Sau­vages » et Claude Sicre).

Manu Thé­ron est aus­si invi­té depuis peu à conseiller des groupes ou des pro­jets en éclo­sion ou à dis­pen­ser des modules de trans­mis­sion dans des struc­tures aca­dé­miques (CFMI, CESMD). Et depuis 1996, il anime des ate­liers de chant col­lec­tif dans tous les ter­ri­toires occi­tans. A l’instigation de Nora Mau­riau­court, toutes ces acti­vi­tés sont regrou­pées dans une com­pa­gnie musi­cale qui prend le nom de « Com­pa­gnie du Lam­pa­ro » en 2003.

Au tra­vers de ses acti­vi­tés musi­cales ou de ses ensei­gne­ments, Manu Thé­ron est un entre­met­teur qui invente des retrou­vailles entre une culture libé­rée des pres­sions com­mu­nau­taires ou poli­tiques et ses héri­tiers, d’où qu’ils viennent. Au final, il par­ti­cipe à la prise de conscience des apports et des richesses insoup­çon­nées de cette culture d’Oc.

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