10 février 2020
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Par Jean-Luc Thomas
#31

Playlist de Jean-Luc Thomas

 

Que dire sur l’Océan, la mer, l’eau… Cet élé­ment dont je suis si proche.

Qui m‘a tant don­né, tant trans­for­mé, nour­ri. Depuis mes longues plon­gées en apnée lors de mon ado­les­cence où ce monde silen­cieux, plein de cou­leurs et de diver­si­tés contras­tait tant avec le vacarme de la sur­face.
Mes expé­riences de ramas­seur d’algue dans les années 80 au large de Bré­hat. Mes longues pro­me­nades sur le Sillon du Tal­bert au moment des déci­sions impor­tantes et des choix de vie à affir­mer. Cette mer qui m’a don­né les goûts du voyage, de l’aventure de la ren­contre, de l’improvisation, de la médi­ta­tion, de l’accueil…
Dans cette play­list, j’ai choi­si des mor­ceaux de musique liés à tous ces endroits que je connais mais éga­le­ment à tous ceux que je ne connais pas.
A ses habi­tants des pro­fon­deurs que sont baleines et dau­phins que j’admire tant. Aux algues, aux crus­ta­cés, mais aus­si aux pécheurs, goé­mo­niers et autres alchi­mistes du lit­to­ral.
Des abysses à la criée, de l’embouchure du fleuve au milieu de l’océan, des mers du sud à la Bal­tique, des fées des Iles Blas­kets aux Orixas de Sal­va­dor,… Mer­ci à Mamae Yeman­ja pour cette créa­ti­vi­té, cette force apai­sante et ins­pi­rante.
J’espère que nous com­pren­drons à temps l’importance vitale de res­pec­ter cette mer (mère) com­mune.

Jean-Luc Thomas

© Didier Olivré

Jean-Luc Tho­mas compte aujourd’hui par­mi les plus grands flû­tistes fran­çais dans le domaine des musiques tra­di­tion­nelles et impro­vi­sées. Ori­gi­naire du Tré­gor, Tho­mas est né dans une famille qui ne pra­ti­quait pas la musique et lui-même ne pren­dra jamais de cours. Rien n’annonce une voca­tion musi­cale durant ses années d’enfance et d’adolescence. Il fau­dra une pre­mière ren­contre, qui se révè­le­ra après coup déci­sive.

En ter­mi­nale à Guin­gamp, il a la chance d’assister à un concert de Matt Mol­loy, immense flû­tiste irlan­dais connu notam­ment pour avoir intro­duit dans son jeu des orne­men­ta­tions spé­ci­fiques à la cor­ne­muse. Le voir, l’écouter, c’est comme un coup de foudre. Sans contact avec le milieu musi­cal, il entre à l’université à Rennes et, dès son arri­vée dans cette ville, court s’acheter une pre­mière flûte.

Deve­nu musi­cien pro­fes­sion­nel, Jean-Luc joue dans plu­sieurs groupes de fest-noz, dont Pell­gomz, puis Has­tañ.

Paral­lè­le­ment, dès 1996, il monte le trio Jade avec Domi­nique Molard aux per­cus­sions et Issar Mara­chli au oud.

Dès lors, il va s’essayer à toute sorte d’alliages, pra­ti­quer le ney arabe et les flûtes peuhles, le sha­ku­ha­chi (flûte japo­naise) et le ban­su­ri (flûte indienne), s’intéresser aux musiques bré­si­liennes.

Toutes ces expé­riences, pour­tant, le ramènent à la flûte tra­ver­sière en bois, celle avec laquelle il sent qu’il a « une his­toire ».  Et déjà, une nou­velle aven­ture l’accapare, celle du groupe Kej, qu’il monte avec le contre­bas­siste Pier­rick Tar­di­vel et le gui­ta­riste Phi­lipe Gloa­guen. A leurs côtés, Tho­mas s’initie à l’improvisation et ren­contre des jazz­men che­vron­nés comme Bojan Z, Domi­nique Pifa­ré­ly ou Fran­çois Cor­ne­loup.

En 2003, Jean-Luc Tho­mas fonde avec Gaby Ker­don­cuff le label Hirus­ti­ca, grâce auquel il va pou­voir enre­gis­trer de nom­breux albums qui seront autant de ren­contres et d’échanges, ain­si en 2009 Arri eo ar momant, avec le gui­ta­riste Yvon Riou, puis, en 2012, La Belle femme qui pleure, avec le joueur de tuba et de ser­pent Michel Godard. En 2005, le pro­jet Seren­dou voit le jour quand Jean-Luc croise la route de Yacou­ba Mou­mou­ni, chan­teur et flû­tiste vir­tuose ori­gi­naire du Niger.

En 2014 sort l’album Trans­la­tions, fruit d’un long com­pa­gnon­nage entre Jean-Luc Tho­mas et David Hop­kins, dit Hopi. Ce der­nier, qui pos­sède des cen­taines d’instruments (dont pas moins de 200 flûtes), avait aidé Tho­mas à décou­vrir les musiques des Indiens d’Amazonie et de Nou­velle-Gui­née, notam­ment à tra­vers l’écoute de 33 tours enre­gis­trés dans les années 70.  L’album sui­vant, Magic Flutes, sera enre­gis­tré avec Ravi­chan­dra Kulur, der­nier flû­tiste ayant accom­pa­gné Ravi Shan­kar.

Jean-Luc Tho­mas n’a jamais ces­sé de vou­loir se confron­ter à l’autre, d’aller voir ce que les médias ne montrent pas, de prendre la mesure des hommes à tra­vers le monde, même dans ses contrées les moins bien connues des Occi­den­taux.

Dans toutes ses ten­ta­tives d’union entre les musiques, Jean-Luc Tho­mas ne s’est jamais conten­té de recettes, de trucs, de faci­li­tés. C’est que, pour lui, la digni­té humaine ne se mar­chande pas : « On reçoit des choses tel­le­ment grandes…, s’étonne-t-il encore. Ma flûte m’a ouvert les portes du monde. » Et c’est tout un monde, qu’en retour, sa flûte nous invite à décou­vrir.

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