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17 décembre 2020
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Par Gilles Fruchaux (Buda Musique)
#71
Playlist de Gilles Fruchaux (Buda Musique)
#71

Gilles Fru­chaux est un sage géné­reux, un gour­met et un curieux de musiques enra­ci­nées tout autour de la pla­nète ou qui se fric­tionnent les unes aux autres. Depuis 1987 son label Buda Musique a aus­si bien fait décou­vrir au monde la fabu­leuse col­lec­tion Ethio­piques sur l’âge d’or de l’Ethio Jazz d’Addis Abe­ba, que les créa­tions contem­po­raines de musi­ciens des régions de France, ou le résul­tat de col­lec­tages réa­li­sés par des oreilles savantes dans les coins les plus recu­lés des 5 conti­nents. Il nous livre ici la play­list éclec­tique de dix mor­ceaux de choix, pui­sés dans son cata­logue qui addi­tionne plus de 500 références.

 

1. Mula­tu Astat­qé – Yègel­lé Teze­ta (Album Ethio­piques 4)

« Démar­rer cette play­list avec Mula­tu était incon­tour­nable. Ce disque est l’un des plus grands suc­cès du label, depuis que Jim Jar­musch en a inclus des extraits dans son film Bro­ken Flo­wers. Ca a été un fameux coup de pouce pour aider à dif­fu­ser l’ensemble de la col­lec­tion Ethio­piques. Ce mor­ceau est très sou­vent uti­li­sé en syn­chro­ni­sa­tion télé et ciné­ma. C’est deve­nu un clas­sique.»

 

2. Yom & Wang – Li Rings (Album Green Apo­ca­lypse)

« Ce disque réunit deux artistes que j’aime beau­coup. Je connais Yom (cla­ri­net­tiste klez­mer) depuis qu’il est tout petit, il l’est beau­coup moins main­te­nant, mais comme Buda existe depuis 33 ans je l’ai un peu accom­pa­gné, nous avons fait beau­coup de disques ensemble. C’est lui qui m’a pré­sen­té Wang Li (musi­cien chi­nois spé­cia­liste de guim­bardes) qui est un per­son­nage hors du com­mun. Ils par­tagent une vraie conni­vence spi­ri­tuelle, virile et ludique. Sur scène c’est puissant. »



3. Donaïs Fores­tal – Apol­lon est mon­té sur la lune (Album Royal Bon­bon)

« C’est un mor­ceau de col­lec­tage, l’album est la bande ori­gi­nale d’un film du regret­té Charles Naj­man qui est une adap­ta­tion de La Tra­gé­die du Roi Chris­tophe d‘Aimé Césaire avec des musi­ciens haï­tiens. Buda est un label au spectre géo­gra­phique très large et ça me per­met de repré­sen­ter cette région avec un titre déso­pi­lant. »

 

4. La Ban­da Muni­ci­pale De San­tia­go De Cuba – Les Pas­santes (Album La Ban­da Muni­ci­pale De San­tia­go De Cuba vol.2)

« J’adore les fan­fares. Grâce à Cyrius Mar­ti­nez et Emma­nuelle Hono­rin j’ai fait deux disques avec celle de San­tia­go de Cuba et j’aime beau­coup leur inter­pré­ta­tion de cette musique de Brassens. »

 

5. Lo Còr De La Pla­na – Canal­ha (Album Mar­cha !)

« J’ai une rela­tion pri­vi­lé­giée avec Manu Thé­ron (chef de ce chœur mar­seillais). Ils ne sont pas très pro­lixes, mais il y aura tôt ou tard un autre album du Còr, (Mar­cha ! leur troi­sième album date de 2012 ndlr) le temps n’est pas le même au sud de la Loire. D’autant que Manu a d’autres pro­jets, dans les­quels je m’implique comme Poli­fo­nic Sys­tem avec Ange B. que l’on a sor­ti en 2019 et nous avons un autre disque en pré­pa­ra­tion avec des chan­teuses occi­tanes : La Madalena. »

 

6. Khu­sug­tun Arvan – Khoyor Jil (Album Jan­gar)

« C’est un groupe moder­niste mon­gol que j’aime beau­coup. Il figu­rait déjà dans une antho­lo­gie de chant dipho­nique que j’ai publié avec Johan­ni Cur­tet (eth­no­mu­si­co­logue) qui est mon inter­lo­cu­teur pour cette région du monde. Ce disque est un peu ma coque­luche du moment, il est assez varié, acous­tique et contient des effets de poly­pho­nies dipho­niques rare­ment enten­dus. Il appa­raît dans les meilleurs albums de l’année 2020 du maga­zine anglais “Son­glines”. »

 

7. Ion Albes­tea­nu – Sous L’a­bri­co­tier En Fleurs (Album Les Fau­bourgs d’An­tan)

« Sur ce mor­ceau c’est Constan­tin Băran qui chante, il est aus­si gui­ta­riste et j’adore la voix de ce Lău­ta­ri (musi­cien tra­di­tion­nel rou­main). J’ai fait ce disque avec une musi­co­logue rou­maine  très inté­res­sante Spe­ranţa Rădulescu. »

 

8. Mah Dam­ba – Don­do­ri (Album Haki­li Kélé)

« C’est le troi­sième disque que je pro­duis avec cette chan­teuse dje­li­mous­so (griotte) malienne. Pour le pre­mier, son mari Mamaye Kouya­té (joueur de n’goni) était encore vivant. Pour le second on avait tra­vaillé avec le contre­bas­siste Jean-Jacques Ave­nel. Sur celui-ci, il y a quelques ten­ta­tives réus­sies d’ouverture du réper­toire tra­di­tion­nel avec la pré­sence de l’accordéoniste Antoine Girard. Sur cer­tains titres il y Guim­ba, le fils de Mah Dem­ba qui est aus­si le gui­ta­riste de Salif Kei­ta. Je trouve cet album très réussi. »

 

9. Denis Cuniot – Papir Iz Dokh Vays (Album Confi­den­tial Klez­mer)

« Avec Yom, Denis Cuniot fait par­tie du cercle le plus rap­pro­ché de mes amis musi­ciens. Tous les disques aux­quels Denis a par­ti­ci­pé sont sor­tis sur Buda Musique, il est un peu plus jeune que moi mais on se connaît depuis la nais­sance du label. J’aime beau­coup cet album pour lequel Yom a par­ti­ci­pé en tant que conseiller. J’adore ce type de réper­toire chez Denis, à la fois klez­mer et romantique. »

 

10. Mah­moud Ahmed – Erè Mèla Mèla (Album Ethio­piques 7)

« Ici on boucle la boucle enta­mée avec Mula­tu. Erè Mèla Mèla c’est le pre­mier mor­ceau de musique éthio­pienne que Fran­cis Fal­cet­to a écou­té. Il l’a pous­sé à aller à Addis Abe­ba pour remon­ter la filière de l’Ethio Jazz. Il a sor­ti ce disque chez Cram­med (influent label belge) mais ils ne vou­laient pas s’engager sur une série sur l’Ethiopie et c’est moi qui ai plon­gé quelques années après. Aujourd’hui la col­lec­tion les Ethio­piques com­prend 30 volumes et il y en a encore 2 ou 3 en pré­pa­ra­tion. Peu de labels auront été aus­si loin dans le sui­vi d’un tra­vail. J’ai aus­si fait 1O volumes sur les musiques de Sibé­rie avec le musi­co­logue Hen­ri Lecomte qui n’ont pas mar­ché aus­si bien, mais ça existe et on n’est pas à l’abri du succès. »

 

Gilles Fruchaux (Buda Musique)

Gilles Fruchaux (Buda Musique)
© Philippe Krumm

Créé à Paris en 1987, Buda Musique est le label de réfé­rence pour les musiques tra­di­tion­nelles du monde entier, de Bali à la Guyane en pas­sant… par­tout ! Son cata­logue de plus de 500 disques réunit col­lec­tages eth­no­mu­si­co­lo­giques, mais aus­si réédi­tions et pro­duc­tion d’albums contem­po­rains, tou­jours reliés à une his­toire locale et une tra­di­tion musicale.

Co-fon­da­teur de Buda, Gilles Fru­chaux s’est d’abord occu­pé du côté tech­nique et admi­nis­tra­tif du label, avant d’en prendre rapi­de­ment la direc­tion artis­tique. Il aime pas­sion­né­ment les musiques du monde, et décide d’y dévouer son label. Dès le début, Gilles Fru­chaux fait confiance à son goût et aux aven­tu­riers du son qui, au bout du monde ou au fond de la Bre­tagne, enre­gistrent des musiques traditionnelles.

Tout en gar­dant son cap édi­to­rial exi­geant, Buda connait au fil des années quelques beaux suc­cès com­mer­ciaux. Gilles Fru­chaux publie en vinyle le pre­mier album de Cesa­ria Evo­ra, grâce à José da Sil­va, avant que la chan­teuse ne devienne une star. Puis il pro­duit le pre­mier album de l’Ensemble Natio­nal des per­cus­sions de Gui­née, pile au moment où le djem­bé devient l’instrument pré­fé­ré des jeunes. Et peu après, il pro­duit le pre­mier disque de capoei­ra, alors que cet art mar­tial déferle sur la France. Il tra­vaille aus­si avec Ray Lema. Et puis, au milieu des années 1990, Gilles Fru­chaux lance avec Fran­cis Fal­ce­to la série « Ethio­piques ». Le qua­trième volume est repé­ré par Jim Jar­musch, qui uti­lise trois mor­ceaux de Mula­tu Astat­qé dans son film Bro­ken Flo­wers en 2005. Le suc­cès est énorme. À ce jour, Buda aura ven­du 250 000 exem­plaires des disques de la série « Ethio­piques » (30 volumes), tête de pont d’une pro­duc­tion tou­jours vouée à la décou­verte, l’archivage et la valo­ri­sa­tion de musiques tra­di­tion­nelles peu connues.

Ain­si, Buda a docu­men­té le monde en musique, et tra­ver­sé toutes les tem­pêtes d’une indus­trie du disque en muta­tion per­ma­nente depuis plus de 30 ans. Depuis sa créa­tion, Buda a com­mer­cia­li­sé envi­ron un mil­lion d’albums. Peu de labels dans le monde peuvent reven­di­quer un cata­logue de plus de 500 réfé­rences aus­si riche, poin­tu et com­plet dans le domaine des musiques tra­di­tion­nelles et affi­liées, avec des col­lec­tions consa­crées à l’Ethiopie, à Zan­zi­bar, à la Sibé­rie et bien d’autres. Une des der­niers pro­jets de la col­lec­tion « Musiques du monde » est consa­cré à la com­mu­nau­té des Bushi­nen­gé (les des­cen­dants d’esclaves mar­rons de Guyane), et Buda est le seul label au monde à pro­po­ser des enre­gis­tre­ments de cette musique.

Pour la par­tie plus moderne de son réper­toire, Buda Musique pré­sente tout ou par­tie de la dis­co­gra­phie d’ar­tistes tels que :  Yom, Waed Bou­has­soun, Wang Li, Denis Cuniot, Erik Alia­na, Lo Cor de la Plana,17 Hip­pies, Yann-Fanch Keme­ner,  Josef Josef, Melin­go, BKO Quin­tet, BCUC, Sah­ra Hal­gan… A paraître : Bal­kan Tak­sim, Speed Caravan…

 

(bio­gra­phie rédi­gée par Sté­phane Deschamps)

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