Raùl Refree - en solo aux Suds à Arles (2019) © benjamin MiNiMuM

Refree, révolutionnaire en traditions

Mul­ti-ins­tru­men­tiste, com­po­si­teur et pro­duc­teur Raùl Fer­nan­dez Miro, dit Refree, tra­verse l’époque les oreilles grandes ouvertes. Sans cal­cul et en lais­sant libre cours à son ins­tinct, il pousse ses par­te­naires vers des som­mets créa­tifs et, presque par acci­dent, déclenche des révo­lu­tions ; dans le fla­men­co ou récem­ment dans le fado ; qu’il ali­mente seul ou en bonne com­pa­gnie.

 

Refree pour son pro­jet solo La otra mitad aux Suds à Arles

Les che­veux ébou­rif­fés, la barbe hir­sute, lorsque Refree empoigne un ins­tru­ment son regard est par­cou­ru d’étincelles. Ses gui­tares ou ses cla­viers sont les outils d’une liber­té illi­mi­tée et les objets d’un amour pas­sion­nel qui passe sans pré­ve­nir de la caresse tendre à la fougue débri­dée. Refree ne res­pecte pas les conven­tions mais les enfreint avec méti­cu­lo­si­té.

Entre ses albums solos, les artistes aux­quels il s’associe ou ses pro­duc­tions, son tra­vail est éclec­tique mais tou­jours juste. Com­ment choi­sit-il ses col­la­bo­ra­tions ?: « Le contrôle que j’exerce sur ma car­rière est de savoir ce que je dois faire ou non par­mi les nom­breuses pro­po­si­tions qui me sont faites. Je n’ai pas de stra­té­gie, je ne prends pas en consi­dé­ra­tion la renom­mée de la per­sonne qui me pro­pose un pro­jet. Je ne tra­vaille que sur des musiques que j’apprécie. Ensuite je me demande com­ment en tant qu’auditeur j’aimerais entendre l’artiste, com­ment je l’imagine dans le futur.  Ça m’emmène vers quelque chose de dif­fé­rent à chaque fois. La ques­tion n’est pas d’être pro­duc­teur mais d’être un amou­reux de musique. »

Cet amour remonte à l’enfance : « Petit, depuis ma chambre j’entendais ma mère et ma grand-mère jouer du pia­no. A chaque fois je rece­vais la musique avec une émo­tion très pro­fonde. J’ai com­men­cé le pia­no à 5 ou 6 ans et depuis je n’ai jamais arrê­té. » Rapi­de­ment s’immiscent des épices plus rele­vées. : « A 7–8 ans j’avais un ami dont le père avait une grande col­lec­tion de  vinyles de Clas­sic Rock et des frères plus âgés qui écou­taient des groupes comme Black Sab­bath, Led Zep­pe­lin ou Iron Mai­den ou Guns N’ Roses dont le pre­mier album a été très impor­tant pour moi. »

Au conser­va­toire, il s’ennuie, pré­fère com­po­ser ses propres mor­ceaux plu­tôt que de déchif­frer les par­ti­tions. Ado­les­cent il s’oriente vers un ensei­gne­ment jazz et troque le pia­no pour la gui­tare. A 15 ans il monte son pre­mier groupe et à 17 rejoint le popu­laire com­bo hard­core Corn­flakes. Il tourne dans toute l’Espagne, joue dans de grandes salles, apprend beau­coup, appré­cie la vie de groupe, mais, au bout d’un moment il a l’impression de tour­ner en rond.

« La façon dont je com­prends la musique n’est pas tout le temps la même. J’ai besoin d’expérimenter avec dif­fé­rentes com­bi­nai­sons de musi­ciens, dif­fé­rentes idées. »

Sous le nom de Refree, il entame une car­rière dans la scène indé­pen­dante espa­gnole, mul­ti­plie les concerts, pro­duit des disques hors norme et attire l’attention d’artistes fla­men­co : « Les musiques popu­laires que je pou­vais entendre dans la rue ou dans des fêtes me tou­chaient beau­coup, mais au début le fla­men­co ne m’intéressait pas vrai­ment. C’est le fla­men­co qui est venu à moi et je suis super heu­reux que ce soit arri­vé. »

Sil­via Pérez Cruz & Refree Ves­ti­da de nit

En 2005, alors qu’il cherche une voix pour un pro­jet de chan­sons sur l’exil, un ami lui pré­sente Sil­vie Per­ez Cruz. Ils col­la­borent et deviennent amis. Refree pro­duit son groupe de fla­men­co fémi­nin Las Migas, puis 11 de Novembre (2011) qui a révé­lé Sil­via Per­ez Cruz au grand public. Après la tour­née de l’album, ils font quelques concerts à deux. Il se sou­vient : « C’était très intense, il se pas­sait quelque chose, le public était enthou­siaste. Alors nous avons déci­dés de faire en duo Gra­na­da (2014). »

Refree & Rocio Mar­quez Cuan­do sal­ga el sol bo entra dos aguas “La otra mitad”

Dans l’intervalle Refree ren­contre l’ancien Sonic Youth Lee Ranal­do avec qui il com­mence une col­la­bo­ra­tion au long terme. On lui pro­pose aus­si de pro­duire la brillante et nova­trice chan­teuse fla­men­co Rocío Már­quez : « Je l’ai vue à Paris au New Mor­ning, elle était incroyable alors j’ai réa­li­sé la par­tie expé­ri­men­tale de El Nino (2014) et mixé l’en­semble. » En 2016, Rocío le rap­pelle pour son disque sui­vant Fir­ma­men­to. Il tra­vaille aus­si avec l’iconoclaste et radi­cal can­taor Nino de Elche, dont il pro­duit l’époustouflante Anto­logía del Cante Fla­men­co Hete­ro­doxo (2018).

Rosa­lia & Refree Los Ángeles

Le même jour­na­liste qui lui avait pré­sen­té Sil­via l’incite à ren­con­trer une jeune et brillante chan­teuse débu­tante Rosalía. Pen­dant six mois, ils se voient chaque semaine, juste pour écou­ter de la musique, regar­der des vidéos et bavar­der, sans jouer une note. Un jour elle le met au défi de l’accompagner sur la scène d’un petit club fla­men­co, il est réti­cent, mais l’essai est si concluant qu’ils décident d’enregistrer un album Los Angeles (2017), le pre­mier pas dis­co­gra­phique de la futur star inter­na­tio­nale.

Lina & Refree Gai­vo­ta

L’épisode sui­vant se passe à Lis­bonne. On lui demande de tra­vailler avec une jeune chan­teuse qui, après deux disques de fado clas­sique sous le nom de Caro­li­na, désire s’engager sur une voix plus per­son­nelle et se réap­pro­prier son nom véri­table, Lina. Refree accepte, demande carte blanche et l’obtient. Leur album com­mun est basé sur le réper­toire de l’icône natio­nale Ama­lia Rodri­guez. A l’instrumentarium tra­di­tion­nel du fado (gui­tare, gui­tare por­tu­gaise et contre­basse), il pré­fère l’usage des cla­viers. Une approche héré­tique dont Refree crai­gnait qu’elle ne fasse scan­dale : « Je pen­sais que le monde du fado aurait réagi comme celui du fla­men­co qui m’a beau­coup cri­ti­qué, mais tout le monde a dit de très bonnes choses sur ce disque. »

Lee Ranal­do & Raül Refree Alice

Comme pour le der­nier album réa­li­sé avec Lee Ranal­do (Names of North End Women) son asso­cia­tion avec Lina l’implique en tant qu’artiste. Son nom figure à côté des leurs et Refree par­ti­cipe à tous les concerts qui en assurent la pro­mo­tion. Pour autant l’inépuisable Refree ne cesse d’apporter sa touche unique à une mul­ti­tude de pro­jets pop, rock, folk et sa fibre de révo­lu­tion­naire des tra­di­tions a encore frap­pé aux cotés du chan­teur astu­rien queer, Rodri­go Cue­vas, sur l’excellent Manual de Cor­te­jo.

Rodri­go Cue­vas & Refree Muiñei­ra para a filla da bruxa

Son ima­gi­naire sonore est très ouvert, mais pour lui tout se tient : « Je vois tous les pro­jets dans les­quels je suis enga­gé comme des étapes de ma vie, de ma car­rière artis­tique et j’apprends de chaque étape. Je ne sépare pas vrai­ment mes propres disques des autres pro­duc­tions, dans cha­cun je mets toute mon éner­gie. » Et cette incan­des­cente éner­gie embrase cha­cun de ses pro­jets.

Les 10 & 11 sep­tembre Lina & Refree sont en concert à la Fon­da­tion Car­tier

le site de Refree : www​.raul​re​free​.com

 

benjamin MiNiMuM

Benjamin MiNiMuM a été le rédacteur en chef de Mondomix, à la fois plateforme internet et magazine papier qui a animé la communauté des musiques du Monde de 1998 à 2014. Il est depuis resté attentif à l’évolution de la vie musicale et des enjeux de la diversité, tout en travaillant sur différents projets journalistiques et artistiques. Il a rejoint l’équipe rédactionnelle de #AuxSons en avril 2020.

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