#AuxSons est un webmedia collaboratif, militant et solidaire
Fati Niger
Fati Niger - Music In Africa

Les musiciennes du Nord du Nigéria

Cet article a été écrit pour Music In Afri­ca. #Aux­Sons l’a tra­duit en fran­çais dans le cadre d’un par­te­na­riat média. 

Le pré­sent article vise à dres­ser un aper­çu du rôle et du sta­tut des femmes musi­ciennes dans le nord du Nigé­ria. Il apporte à la fois une pers­pec­tive his­to­rique et une dis­cus­sion sur les ten­dances musi­cales récentes.

Aper­çu historique

Les tra­di­tions musi­cales du nord du Nigé­ria sont à la fois anté­rieures à l’ère de la cha­ria et à la conquête colo­niale bri­tan­nique. Même si l’his­toire de la musique de la région est domi­née par des figures mas­cu­lines, les femmes ont joué par diverses occa­sions un rôle impor­tant dans la com­po­si­tion et l’ar­chi­vage de la musique, notam­ment en temps de guerre. Des femmes, telles que Yashe Tso­hu­wa, com­po­saient et inter­pré­taient aus­si en public des chan­sons pour les prin­ci­paux diri­geants du royaume du Gobir, tels que Ibra­him Baba­ri (1742–1770), Dan Gude (1770–1776) et Bawa Jang­war­zo (1776–1794).

Les musi­ciennes de la région par­ti­ci­paient tra­di­tion­nel­le­ment à la com­po­si­tion des chan­sons et des danses, les­quelles pour­raient être clas­sées dans la caté­go­rie « folk », comme les ber­ceuses et musiques pour enfants (wako­kin reno), les chants pour la déco­ra­tion d’une nou­velle mai­son ou d’une chambre pour une jeune mariée (wako­kin dabe), les chants de tra­vail (wako­kin nika) et les chants de dévo­tion (wako­kin bege). Cet héri­tage musi­cal était inter­pré­té comme un moyen pour les femmes d’a­voir de l’in­fluence et de reven­di­quer l’in­té­gra­tion des acti­vi­tés créa­tives dans les exi­gences de leurs rôles pri­vés et domestiques.

Au début des années 1980, lorsque les films de Bol­ly­wood ont com­men­cé à être intro­duits dans la région, puis tra­duits et repro­duits en langue haous­sa, un nou­veau genre musi­cal (wako­kin fina-finai) est appa­ru. Avec le déve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie ciné­ma­to­gra­phique dans le nord du Nigé­ria, connue loca­le­ment sous le nom de Kan­ny­wood, à la fin des années 1990, ce style de musique (éga­le­ment appe­lé nanayé) s’est répan­du à tra­vers l’in­dus­trie du spec­tacle dans le Nord. Les chan­sons Nanayé, qui portent dans une large mesure la nar­ra­tion des films de Kan­ny­wood, reposent sur une struc­ture de dia­logues entre des chan­teurs et des chan­teuses, créant ain­si des oppor­tu­ni­tés de tra­vail pour les musi­ciennes dans la sphère de la musique popu­laire. Ces musi­ciens ont en grande par­tie appris leur métier dans des groupes de chants religieux.

Le début des années 1980 a éga­le­ment vu cer­taines femmes du nord du Nigé­ria émer­ger en tant que musi­ciennes popu­laires. La plus célèbre d’entre elles est Fun­mi Adams, qui a inter­pré­té ses chan­sons en haous­sa en uti­li­sant des formes contem­po­raines et des ins­tru­ments modernes.

 

 

Les musi­ciennes renom­mées du nord du Nigéria

Par­mi les musi­ciennes notables qui évo­luent entre les sphères de la musique reli­gieuse et de la musique de film, nous pou­vons citer Maryam A Baba, Bin­ta Laba­ran (connue sous le nom de Fati Niger), Mur­ja Baba, Maryam Ami­nu Baba, Maryam Fan­ti­mo­ti, Zai­nab Baba et Zuwai­ra Ismail.

Maryam A Baba a com­po­sé plus de 5 000 chan­sons, dont des chants de louanges et des com­po­si­tions pour l’in­dus­trie du film Kan­ny­wood. Son single « San­gan­dale » est consi­dé­ré comme un mor­ceau signi­fi­ca­tif de l’im­pli­ca­tion crois­sante des femmes dans l’in­dus­trie du film du nord du Nigéria.

Maryam Fan­ti­mo­ti – autre musi­cienne de renom du nord du pays – a com­men­cé à chan­ter à l’âge de huit ans en tant que membre d’une cho­rale reli­gieuse isla­mique, puis dans un groupe man­di­ri. Puis elle est deve­nue une figure mar­quante de l’in­dus­trie du spec­tacle durant sa carrière.

 

La musique contem­po­raine et les femmes dans le nord du Nigéria 

La région du nord du Nigé­ria, régie par la loi de la cha­ria depuis 1999, reste conser­va­trice et sujette à diverses res­tric­tions cultu­relles et sociales. Cepen­dant, mal­gré les enjeux aux­quels l’é­ga­li­té est confron­tée, les voix des femmes se font de plus en plus entendre dans la plu­part des sphères de l’in­dus­trie du spec­tacle du nord du pays.

On retrouve des ani­ma­trices et des chan­teuses pro­fes­sion­nelles lors de mariages et de céré­mo­nies de bap­têmes, de ras­sem­ble­ments poli­tiques, des fes­ti­vi­tés tra­di­tion­nelles de Sal­lah, d’é­vé­ne­ments reli­gieux (où l’on joue des incan­ta­tions et de la musique), de pro­grammes gou­ver­ne­men­taux ou d’autres évé­ne­ments sociaux orga­ni­sés par les entre­prises et les ins­ti­tu­tions. À l’ère de la mon­dia­li­sa­tion, la pra­tique du kulle (ou pur­dah) – l’i­so­le­ment des femmes par rap­port aux hommes et aux étran­gers – s’est quelque peu assou­plie dans cer­tains cas, don­nant lieu à des inter­ac­tions musi­cales entre les deux sexes. La moder­ni­té a éga­le­ment influen­cé le conte­nu de la musique des femmes du nord du Nigé­ria, comme en témoignent les textes à thèmes, et l’emploi d’ins­tru­ments et de danses non traditionnels.

Lors de l’é­di­tion 2016 des Are­wa Music and Movie Awards à Kano – évé­ne­ment annuel orga­ni­sé par un orga­nisme regrou­pant musi­ciens, cinéastes, dan­seurs et autres artistes popu­laires du nord du pays – un nou­veau prix a été créé et décer­né à la meilleure musi­cienne R&B. Mufi­da Adnan, plus connue sous le nom de Moo­fy, a rem­por­té le prix pour sa chan­son « Don’t Stop the Music », un titre qui n’est pas sans rap­pe­ler dans ses paroles et sa thé­ma­tique, son idole Rihan­na. De la même manière, la rap­peuse Hadi­za Yau – connue sous le nom de scène, Had­dy Rap­pia – a aus­si gagné en popu­la­ri­té dans la région nord conser­va­trice et musulmane.

Mal­gré ces suc­cès, les musi­ciennes n’at­tirent encore pas assez régu­liè­re­ment l’at­ten­tion des orga­ni­sa­teurs d’é­vé­ne­ments et d’autres influen­ceurs de l’in­dus­trie du spec­tacle. Dans leur quête d’es­paces et de pla­te­formes pour déve­lop­per leur art, les femmes du nord du Nigé­ria res­tent encore sou­vent vic­times de discrimination.

 

Cet article fait par­tie du pro­jet Music In Afri­ca Connects, une ini­tia­tive plu­ri­di­men­sion­nelle de déve­lop­pe­ment visant à sou­te­nir les sec­teurs musi­caux des pays afri­cains tou­chés par des conflits. Pour en savoir plus sur Music In Afri­ca Connects, cli­quez ici.

Cet article a été tra­duit en fran­çais par#Aux­Sons dans le cadre d’un par­te­na­riat média. 

 

 

Ibrahim Malumfashi

Ibrahim Malumfashi Musicinafrica

Ibrahim Malumfashi est un professeur de musique et poète originaire de Kaduna, au Nigéria.

Veuillez choisir comment vous souhaitez avoir des nouvelles du webmédia #AuxSons par Zone Franche:
Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la newsletter.
En savoir plus sur la gestion de vos données et vos droits.