© Kazuend - Unsplash
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Les défis des musiques des peuples pour la biodiversité

Notre socié­té des­truc­trice de l’ère anthro­po­cène serait bien ins­pi­rée de tirer par­ti des riches ensei­gne­ments des peuples pre­miers, qui n’ont pas rom­pu les liens entre nature et culture et dont les musiques, en par­ti­cu­lier, res­tent à l’écoute des pul­sa­tions de la pla­nète.

 

A l’heure où d’abrupts défis éco­lo­giques menacent la pla­nète il est bon de se sou­ve­nir que de nom­breux peuples entre­tiennent avec la nature des rap­ports res­pon­sables. Qu’à ce titre, notre Terre est aus­si une mosaïque de pay­sages sonores et de créa­tions qui s’en ins­pirent. Et qu’il peut être utile d’interroger les rap­ports des musiques des peuples et de la bio­sphère pour mon­trer en quoi ces musiques, à l’écoute des pul­sa­tions de la nature, peuvent être riches d’enseignement. Les musiques du monde sont celles qu’écoutent 80 % des hommes et des femmes de la pla­nète. A tra­vers leurs expres­sions, rurales ou urbaines, sacrées ou pro­fanes, intimes ou col­lec­tives, elles incarnent la fabu­leuse diver­si­té des iden­ti­tés cultu­relles et des ima­gi­naires qui les sus­citent.

 

Bio diversité et diversité des cultures humaines

La pré­ser­va­tion de la diver­si­té des cultures humaines est en effet indis­so­ciable de la pré­ser­va­tion de la bio­di­ver­si­té. Pour ce qui relève de la sau­ve­garde des diver­si­tés cultu­relles, de nom­breuses ini­tia­tives ont vu le jour et l’Unesco a fait enté­ri­ner les fameuses conven­tions sur le Patri­moine cultu­rel imma­té­riel (PCI). Mais en ce qui concerne la défense de la bio­di­ver­si­té, il y a retard, même si un mou­ve­ment de recon­nais­sance est en cours qui vise à la consi­dé­rer comme un Patri­moine mon­dial (Cf. les batailles pour ren­ver­ser l’échelle des normes juri­diques afin de mon­trer que nous devons nous consi­dé­rer comme les gar­diens de biens com­muns et non comme des pro­prié­taires). En tout cas, cette double réflexion qui doit être conduite car nous sommes entrés en effet dans l’anthropocène, ère qu’il fau­drait plu­tôt qua­li­fier de « capi­ta­lo­cène ». Soit une période qui a débu­té lorsque les acti­vi­tés humaines ont com­men­cé à avoir un impact signi­fi­ca­tif sur l’écosystème ter­restre – selon cer­tains, à par­tir de 1945 et des 2000 explo­sions nucléaires qui ont sui­vi. Avec pour consé­quence, une bio­sphère irré­mé­dia­ble­ment malade des acti­vi­tés de l’homme. Sans reprendre l’histoire de la notion de pro­grès, l’on peut dire que cette situa­tion ren­voie à un ima­gi­naire des­truc­teur du fait que l’homme s’est pen­sé dif­fé­rent du reste de la nature et à l’écart des autres espèces. Une idéo­lo­gie qui se com­bine à un sys­tème d’expansion éco­no­mique se déve­lop­pant avec l’idée que les biens natu­rels étaient illi­mi­tés ; la logique mar­chande qui en résulte ne pou­vant vivre que de son expan­sion infi­nie. Au point qu’à l’heure actuelle l’humanité vit à cré­dit et a besoin de l’équivalent de 1,6 pla­nète.

Dès 2005, 1300 experts remet­taient aux Nations unies un rap­port qui éva­luait l’ampleur des modi­fi­ca­tions subies par les éco­sys­tèmes. Sa conclu­sion : l’humanité les a davan­tage modi­fiés depuis ses cin­quante der­nières années qu’au cours de toute son his­toire. L’impact de quatre fac­teurs (des­truc­tion des milieux natu­rels ; pré­da­tion en excès des res­sources natu­relles ; réchauf­fe­ment cli­ma­tique ; intro­duc­tion anar­chique d’espèces) ayant entraî­né un appau­vris­se­ment de la diver­si­té bio­lo­gique lar­ge­ment irré­ver­sible. L’une des rai­sons de cette des­truc­tion étant une popu­la­tion en crois­sance expo­nen­tielle, soit 8 mil­liards d’humains aujourd’hui.

Ain­si, tout un capi­tal natu­rel n’est plus. Selon le WWF, où il y avait 100 ani­maux en 1970, il n’y en a plus que 42. Les deux tiers de la vie sau­vage ayant dis­pa­ru à cause de la chasse, de la sur­pêche, de la dis­pa­ri­tion des zones humides et des forêts. Par­mi les espèces éteintes : le grizz­ly mexi­cain, le dau­phin de Chine, le rhi­no­cé­ros noir, la tor­tue géante de l’île de Pin­ta, le tigre de Java, l’otarie du Japon, l’huîtrier des Cana­ries, le phoque noir des Caraïbes, le cra­paud doré du Cos­ta Rica ou le bou­que­tin des Pyré­nées.

 

Imaginaire prédateur et effondrement

Pour­tant, les socié­tés humaines sont dépen­dantes des « ser­vices » que leur rendent les éco­sys­tèmes en matière d’approvisionnement (nour­ri­ture, com­bus­tibles, maté­riaux, médi­ca­ments), d’aide à la régu­la­tion (pol­li­ni­sa­tion, cli­mat, inon­da­tions, pul­lu­la­tion de patho­gènes), de sou­tien au fonc­tion­ne­ment de la bio­sphère (cycles bio­géo­chi­miques de l’eau, du car­bone), d’apports socio­cul­tu­rels (rela­tions esthé­tique, spi­ri­tuelle, édu­ca­tive des hommes avec la nature)…

En 2014, une autre étude, finan­cée par la NASA, dres­sait à nou­veau un sombre constat, expli­quant que la civi­li­sa­tion indus­trielle pour­rait s’effondrer en rai­son d’une ges­tion cala­mi­teuse des res­sources natu­relles et d’une mau­vaise répar­ti­tion des richesses. La rare­té des res­sources et la stra­ti­fi­ca­tion éco­no­mique entre riches et pauvres ont en effet tou­jours joué un rôle déci­sif dans les pro­ces­sus d’effondrement des socié­tés. Pour médi­ter ce constat, il faut se sou­ve­nir de l’Égypte des pha­raons, la civi­li­sa­tion de l’Indus, des civi­li­sa­tions amé­rin­diennes, l’Empire romain, la civi­li­sa­tion khmère d’Angkor, ayant toutes un point com­mun : avant de se déli­ter, elles étaient à leur apo­gée.

Dans ce registre l’ouvrage de Jared Dia­mond, « Effon­dre­ment, com­ment les socié­tés décident de leur dis­pa­ri­tion ou de leur sur­vie » (2005) a sus­ci­té un vif débat. Dans le cas de l’île de Pâques (Rapa Nui, 900‑1500), celui-ci défen­dait la thèse selon laquelle ses habi­tants avaient exploi­té leurs res­sources pour éri­ger les fameux moaï (mono­lithes dres­sés dos à la mer), jusqu’au sui­cide de leur civi­li­sa­tion. Une thèse fort contro­ver­sée. Pour­tant, les consé­quences néga­tives de la non-sym­biose des peuples avec leurs envi­ron­ne­ments, de leur sépa­ra­tion avec la nature, ne peuvent être contes­tées. Et le paral­lèle qu’on peut faire entre la civi­li­sa­tion Vikings et celle des Inuits, peuples ins­tal­lés au Groen­land, entre le Xe siècle et le XIIIe siècles, montre bien l’effondrement de la pre­mière, quand la seconde est tou­jours là : ces chas­seurs-cueilleurs ani­mistes, des­cen­dants de peuples vivants dans l’Arctique depuis 5000 ans, ont maî­tri­sé leur mode de vie à la dif­fé­rence de leurs voi­sins.

Il convien­drait donc peut être de rem­pla­cer un ima­gi­naire pré­da­teur par d’autres, en pri­vi­lé­giant ce que le phi­lo­sophe came­rou­nais Achille Mbembe appelle « l’idée d’une condi­tion cos­mique », selon laquelle il pour­rait se jouer une récon­ci­lia­tion entre l’humain, l’animal, le végé­tal, l’organique, le miné­ral, et les autres forces du vivant, qu’elles soient « solaires, noc­turnes ou astrales ». Une pers­pec­tive à laquelle, modes­te­ment, les musiques d’essence patri­mo­niale peuvent appor­ter leur écot, en mon­trant que nombre de socié­tés n’ont pas rom­pu le lien entre nature et culture.

 

La musique entre nature et culture

Tout comme la bio­di­ver­si­té a ins­pi­ré les hommes, leur don­nant les pos­si­bi­li­tés et contraintes dont atteste la diver­si­té des pay­sages, la musique a été le fruit d’une coévo­lu­tion entre les hommes et la nature. Au départ, n’y avait t’il pas ce que Ber­nie Krause appelle le « grand orchestre de la nature » ? Ce bio-acous­ti­cien, fort de mil­liers d’heures d’enregistrements des « voix » du monde natu­rel, a mon­tré que la moi­tié des sons qu’il avait cap­té depuis les années 60 avait dis­pa­ru à cause des acti­vi­tés humaines, mais sur­tout que chaque espèce pos­sède une signa­ture et des par­ti­tions qui lui sont propres. Et qu’il y a urgence à révo­lu­tion­ner notre regard et notre oreille sur le monde qui nous entoure. Pour de nom­breux peuples, cet orchestre ani­mal et végé­tal par­ti­cipe de leur créa­ti­vi­té et d’un dia­logue vocal et ins­tru­men­tal. La musique de la dia­spo­ra pyg­mée et son effi­ca­ci­té sym­bo­lique en four­nis­sant un écla­tant témoi­gnage.

Dans cette rela­tion nour­ri­cière à un envi­ron­ne­ment, l’instrument de musique est un pas­seur de fron­tières entre nature et culture. Pour explo­rer le champ du sonore, les hommes ont pui­sé dans les espèces ani­males, végé­tales et le miné­ral, des maté­riaux qu’ils ont façon­né avec ingé­nio­si­té. Depuis la pré­his­toire, pour rendre intel­li­gible leur place dans l’univers, ils ont éla­bo­ré un mode de com­mu­ni­ca­tion avec lui, comme en témoignent l’usage des pro­prié­tés acous­tiques des cavernes, les « pierres à voix » du néo­li­thique ou les os des pre­mières flûtes. C’est que, des musiques ins­pi­rées par la nature aux récits cos­mo­go­niques (c’est à dire aux sys­tèmes d’explication de la for­ma­tion de l’univers), il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, la plu­part des mythes recèlent des concepts simi­laires (l’être et/ou le néant, le chaos pri­mor­dial, l’oeuf cos­mique, l’eau, l’arbre…) et sou­vent des dieux anthro­po­morphes ou de nom­breux ani­maux (pois­son, ser­pent, oiseaux, lion…) y jouent un rôle impor­tant. Ain­si, la flûte, pour ne don­ner que cet exemple, est l’instrument par excel­lence de la trans­cen­dance, et le souffle est à la base de nombre de tra­di­tions, qu’il s’agisse du Qi, souffle vital des taoïstes, de la ruah, « souffle de Dieu » de la Genèse, de son incar­na­tion sym­bo­lique de la puis­sance des druides chez les Celtes ou de son rôle dans les céré­mo­nies sou­fies. Les Amé­rin­diens d’Amazonie ou les Papous de Nou­velle-Gui­née gardent pour leur part leurs flûtes au fond du fleuve ou dans les lieux secrets pour les pré­ser­ver du regard des non-ini­tiés. Presque toutes les généa­lo­gies du monde s’accordent sur le fait que la créa­tion du monde est un phé­no­mène sonore. Liée au verbe, elle est asso­ciée au son, qui inter­vient au moment cru­cial de l’événement. Ce son fon­da­teur fait vibrer le néant, engendre l’espace, consti­tue la pre­mière mani­fes­ta­tion de la matière (Cf. par exemple Thot, dans l’Egypte ancienne, qui bat des mains en pous­sant sept éclats de rire pour faire appa­raître le monde ; le chant du Créa­teur asso­cié au fra­cas du ton­nerre chez les Mas­saïs ; Pra­jâ­pa­ti, dieu créa­teur védique en Inde, né d’un souffle sonore ; la créa­tion asso­ciée à l’efficacité de la parole dans l’Evangile de saint Jean ; ou la vibra­tion à l’origine des élé­ments essen­tiels dans le sou­fisme. Toutes images qui nous rap­prochent de la phy­sique quan­tique qui asso­cie une onde à chaque par­ti­cule.

En tout cas, cette vision tota­li­sante se retrouve dans nombre de pay­sages men­taux for­gés par les com­mu­nau­tés. Par exemple, le Dream­time (ou « Temps du rêve », qui est aus­si celui des ancêtres, d’un esprit col­lec­tif, mais éga­le­ment la loi) des Abo­ri­gènes d’Australie des­sine une fas­ci­nante géo­gra­phie sociale mythique qui se retrouve dans leurs chants et leurs jeux de did­je­ri­doo, car ils estiment que tout ce qui se trouve dans la nature fait par­tie d’eux-mêmes.

 

 

Dans un registre voi­sin, le pan­théon cos­mo­go­nique des Indiens d’Amérique mérite d’être prise en consi­dé­ra­tion. D’autant que leur des­tin pré­fi­gure celui de beau­coup de peuples de la pla­nète, vic­times aujourd’hui de la confis­ca­tion de leur espace et de leurs res­sources. Le chef Lako­ta et homme-méde­cine, Sit­ting Bull, disait : « Quand le der­nier arbre sera abat­tu, la der­nière rivière empoi­son­née, le der­nier pois­son cap­tu­ré, alors le visage pâle réa­li­se­ra que l’argent ne se mange pas ». Les Amé­rin­diens, ini­tia­teurs du concept d’autosuffisance, ont en effet vu déci­mer, de la cupi­di­té des Blancs, 60 mil­lions de bisons, qui peu­plaient les grandes plaines de l’ouest amé­ri­cain, au point qu’il n’en res­tait que 1200 sur tout le conti­nent nord-amé­ri­cain en 1889, dont 400 dans des zoos. Pour l’essentiel, là encore, ils pensent que chaque indi­vi­du est le centre du monde, une per­cep­tion qu’expriment leurs chants et danses. Cette cor­ré­la­tion psy­chique nature-culture se retrouve encore chez les peuples de la galaxie tsi­gane ou par­mi les popu­la­tions du pla­teau mon­gol. Ces der­nières, qui se déplacent avec leurs yourtes en sui­vant les étoiles et leurs ani­maux pour pro­fi­ter des steppes les plus pro­pices, vivent en intense har­mo­nie avec la nature, comme en atteste aus­si la fonc­tion de cha­man. Leur musique exprime cette com­mu­nion, qu’il s’agisse d’un chant orne­men­té à l’infini qui fai­sant écho à l’espace qui s’étire, ou d’un lan­gage modu­lé fait de « huche­ments » qui évoque les éle­veurs com­mu­ni­quant avec leurs yacks. Sans par­ler des ins­tru­ments (flûte de ber­ger, luth à trois cordes, vielle à tête de che­val) nés d’un dia­logue natu­rel, qui sug­gèrent les hen­nis­se­ments d’un pur-sang ou les pleurs d’un cha­meau.

Ain­si, pour en reve­nir au dom­ma­geable divorce entre nature et culture, on se rend compte que seul l’Occident moderne s’est atta­ché à clas­ser les êtres en fonc­tion des lois de la matière. L’anthropologue Phi­lippe Des­co­la montre com­ment l’humanité envi­sa­gée dans son envi­ron­ne­ment natu­rel, se répar­tit en quatre grands types d’ontologies, gram­maires onto­lo­giques qui ren­voient à quatre per­cep­tions du monde : le natu­ra­lisme, repré­sen­ta­tion du monde basée sur une dicho­to­mie entre nature et culture, typique des cos­mo­lo­gies occi­den­tales ; l’animisme, qui prête aux non-humains l’intériorité des humains mais les en dif­fé­ren­cie par le corps, et qui est propre au vau­dou afri­cain, au cha­ma­nisme, et à divers cultes ances­traux ; le toté­misme, qui souligne une conti­nui­té entre humain et non-humains, apa­nage des Indiens d’Amérique du nord, des natifs d’Australie, de la Poly­né­sie et de la Méla­né­sie – com­mu­nau­tés dans les­quelles l’on trouve des requins, cro­co­diles ou ser­pents, gar­diens de leur sécu­ri­té et de leur pros­pé­ri­té, et des clans qui se disent parents de l’Ours, de l’Araignée ou de l’Aigle ; l’analogisme enfin, qui se carac­té­rise par une dis­con­ti­nui­té des inté­rio­ri­tés et des phy­si­ca­li­tés des humains et des non-humains mais éta­blit des cor­res­pon­dances entre eux, lequel s’est déployé en Inde, en Afrique de l’Ouest, en Chine ancienne, dans la sphère andine et le Mexique pré­co­lom­bien… voire en Europe jusqu’à la Renais­sance.

Ain­si, les musiques tra­di­tion­nelles épousent les facettes de ces per­cep­tions et les déclinent. On fête l’univers avec la Râmâya­na ou le Mahâb­hâ­ra­ta, épo­pées fon­da­trices de l’hindouisme. On chante pour que l’âme du riz soit bien soi­gnée à Bor­néo. On psal­mo­die un chant pour la ger­mi­na­tion du millet à Taï­wan. On loue l’araignée qui fait son tra­vail au Gha­na, l’épervier au Vene­zue­la, la raie pas­te­nague en Aus­tra­lie, le crabe en Nou­velle- Calé­do­nie, les grands arbres au Niger. A une autre époque, Jupi­ter avait choi­si le chêne ; Vénus, le myrte ; Phé­bus, le lau­rier ; Cybèle, le pin ; Her­cule, le peu­plier… Façon de rap­pe­ler que la musique ; qui est in fine, mémoire rejoint la nature dans sa fonc­tion répa­ra­trice d’un homme sou­vent désem­pa­ré, pro­digue, malade de ses propres furies. A cet égard, point n’est besoin de rap­pe­ler ses effets béné­fiques sur un vaste éven­tail de patho­lo­gies et l’essor des thé­ra­pies qui lui sont liées. L’évolution des tech­niques de neu­ro-ima­ge­rie ayant per­mis d’en mieux cer­ner les effets.

 

Vers un archipel d’imaginaires dissidents

Autant dire qu’il est peut-être utile, dans un monde régi par les algo­rithmes et la féti­chi­sa­tion de la valeur, lequel pro­duit des indi­vi­dus hors-sol, de recon­naître les ver­tus de ces musiques du monde d’essence patri­mo­niale, pure laine ou métis­sées, rurales ou urbaines, rituelles ou fes­tives ; ces musiques qui, tout en étant per­for­mances, sont des ouver­tures sur l’autre et nous recon­nectent avec des huma­ni­tés qui ne sont pas vir­tuelles. « Qui connaî­tra le monde et ses rythmes, connaî­tra aus­si l’homme et le rythme de sa vie, et qui connaî­tra ces accords n’aura plus besoin de rien savoir » est-il écrit dans le Huandj Nei King, le plus ancien trai­té de méde­cine chi­noise. Aus­si la bataille pla­né­taire pour les excep­tions cultu­relles rejoint-elle la lutte pour la sau­ve­garde des éco­sys­tèmes et des alté­ri­tés, et en pre­mier lieu celle pour la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire. Le droit des popu­la­tions à être de leur terre, le refus de la mar­chan­di­sa­tion du vivant et de la pas­teu­ri­sa­tion des cultures, tout comme la recon­nais­sance des droits cultu­rels des peuples (lin­guis­tiques et musi­caux) sont bien les enjeux de cet archi­pel des ima­gi­naires dis­si­dents.

 

Frank Tenaille

© Bill Akwa Betote
© Bill Akwa Betote

 

Journaliste, Frank Tenaille accompagne les musiques du monde depuis le début des années 70, avec un souci de transmission et de mémoire, et souvent en tandem avec le photographe Bill Akwa Betote. Il a été rédacteur en chef de plusieurs journaux dont des mensuels panafricains. Il est l’auteur d’ouvrages sur la musique dont : Le Printemps de Bourges, histoire des musiques d’aujourd’hui ; Chant et polyphonies corses ; Le Swing du caméléon, panorama des musiques africaines ; Le Raï, entre bâtardise et reconnaissance ; Musiques sans visas ; Musiques et chants d’Occitanie ; Le Cabaret sauvage : liberté, cabaret fraternité. Vingt ans d’unlieu ouvert au monde.

Membre fondateur et ex-président de Zone Franche, il fut directeur artistique dans plusieurs festivals dont Radio France Montpellier. Directeur artistique du Chantier (Centre de création des musiques du monde), il est coordinateur du jury musiques du monde de l’Académie Charles-Cros.

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