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#ScèneFrançaise #AuxSons : Lemma des algériennes réunies pour préserver leurs traditions musicales et vaincre les tabous sexistes

Dans la région de la Saoura, au sud–ouest de l’Algérie, aux portes du désert, depuis des temps que la mémoire humaine ne peut plus dater, les femmes se réunissent pour chanter et danser en s’accompagnant de percussions. Lemma signifie le rassemblement, les retrouvailles pour conjurer le sort qui menace d’éparpillement. Ces femmes disposent d’un riche répertoire festif ou sacré, poussé sur place ou glané depuis le 16ème siècle avec le commerce caravanier qui traversait le nord de l’Afrique jusqu’au Soudan et faisait étape à Béchar. Il y a la hadra des confréries soufies, l’al-farda qui découle de l’arabo-andalou et dont les textes ciselés louent les saints mais aussi l’amour, le zaffânî qui accompagne notamment la cérémonie du henné, le gnawi, musique de transe venue des anciens esclaves ou le haydous, d’origine berbère.

Ces chants, ces rythmes, ces réunions ont marqué l’enfance de Souad Asla, la danse est devenu le centre de sa vie. Au milieu des années 90 elle a une vingtaine d’années, par amour, pour danser et apprendre la comédie, elle quitte Béchar pour Paris.

En janvier 99, c’est Béchar qui monte à Paris, du moins une de ces icônes Hasna El Becharia, musicienne insoumise, première femme à jouer du gumbri en public. Autour d’un thé à la menthe, Hasna lance un défi à Souad : « Viens chanter avec moi ! » Souad d’abord refuse, Hasna n’en démord pas et finit par la convaincre. Souad se prend au jeu, retrouve ses racines dans les chants partagés, développe son chant et son talent d’auteure compositrice. Elle suit Hasna à travers le monde et construit sa propre carrière.

Lorsqu’elle rentre à Béchar elle ne manque pas d’aller se joindre aux femmes qui chaque vendredi se réunissent. Mais quelque chose l’inquiète : ces femmes vieillissent et les jeunes ne prennent pas la relève, ce répertoire est en danger. En 2015 elle se jette à l’eau et commence un combat. Elle se démène pour collecter les chansons, pour réunir ces femmes, trouver des moyens économiques et convaincre leurs maris, leurs fils de les laisser partir jouer sur les scènes du monde, briser ce tabou de la société patriarcale qui refuse aux femmes le droit de faire de la musique en public. Le projet Lemma est né.

Une douzaine de musiciennes de 23 à 74 ans en costumes traditionnels chantent, jouent des percussions ( bendir, tarija, derbouka, tbal…), parfois se lèvent pour danser et enchantent les publics. Bien sûr au départ et au centre, près de Souad, il y a Hasna, son gumbri, sa guitare électrique et son banjo. Lemma fait le tour de l’Algérie, puis vient en France, séduit les professionnels au Womex, tourne dans toute l’Europe, sort en 2018 chez Buda Musique un premier album de 16 des 50 morceaux collectés.

Maintenant que le projet est bien lancé, Hasna est repartie, confiant à Souad le soin de faire résonner le gumbri. Sept femmes l’accompagnent et devaient sillonner les festivals cet été comme aux Nuits de Fourvières ou aux Suds à Arles, ce que la pandémie n’a pas permit. Mais Lemma est d’ores et déjà attendu de pied ferme ce vendredi 24 juillet vers 16H00 au Festival des Confinés, au Cabaret Sauvage à Paris et au festival brestois No Border le 11 décembre 2020.

 

Dans le cadre de la campagne Sacem de soutien à la #ScèneFrançaise, #AuxSons propose pendant tout l’été 2020 des portraits d’artistes de différents horizons.
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